Initiatives

Un bailleur social chauffe 1 400 logements aux granulés

Dans le quartier de la Meinau, au sud de Strasbourg, une chaufferie en cascade de granulés à bois a remplacé une vieille chaufferie tri-énergie (plaquette, gaz et fioul) en un été, pour alimenter 1 400 logements dans 27 immeubles. Après une saison hivernale de fonctionnement, les concepteurs et le bailleur social, la Sibar, se disent satisfaits de la technologie souple installée sur mesure en pied d’immeuble.

PAR JEAN-FRANçOIS GéRARD - JUILLET 2018
Un semi-remorque de granulés correspond à la consommation d’une journée en puissance maximale. © Est-Ménager

« Le 15 mai, le chauffage a été coupé, le 15 septembre, il fallait que la nouvelle chaufferie démarre. » Joseph Lehman, directeur technique d’Est-Ménager, résume ainsi son intense été 2017 dans le quartier de la Meinau, au sud de Strasbourg. Une trentaine d’entreprises locales, dont cinq chauffagistes, ont travaillé sur l’installation de 22 chaudières identiques en cascade et à granulés de bois, le tout conçu sur mesure. Objectif : chauffer 1 400 logements répartis dans 27 barres d’immeuble de la Sibar, un bailleur social bas-rhinois. « Cela n’aurait pas été possible de le faire avec un seul installateur », estime Jospeh Lehman, tant chaque pièce relève de compétences fines et différentes. Avant, une chaufferie tri-énergie de plaquettes à bois (2,8 MW), mais aussi de fioul et de gaz (7 MW), occupait ce local en pied d’immeuble. En passant aux granulés, avec leur hydrométrie à 7 %, l’installateur a divisé par deux la puissance maximale (5,5 MW). Ce système permet de moduler la puissance toutes les deux secondes, notamment lors du pic de consommation vers 6 h du matin. Six cascades de trois chaudières et une septième de quatre machines composent l’installation dessinée par le bureau d’études autrichien Leo Ribenbauer. De l’eau est ensuite chauffée dans un grand ballon et injectée dans le réseau de chaleur de 3,4 kilomètres. 

Des économies réalisées

« Nous étions sensibilisés à la question des énergies renouvelables et nous voulions une installation pérenne. Les avantages sont la stabilité des prix et la garantie de livraison par rapport à des énergies sur les marchés dérégulés », indique Richard Mistler, directeur de la Sibar. L’approvisionnement est contractualisé avec Siat Braun, une scierie dans la vallée de la Bruche, à 35 kilomètres. Autre poste d’économie, l’entretien, puisque toutes les chaudières Guntamatic sont identiques. « Nous souhaitions quelque chose de simple, qui puisse coïncider avec nos praticiens. Des employés ont pu évoluer vers des métiers de techniciens », ajoute Richard Mistler. Quant à la modulation, elle permet aussi de « baisser le niveau sans éteindre et faire le nettoyage du filtre avant de repartir », ajoute Joseph Lehman. Après un an, le prix du chauffage est inférieur à 5 euros/an/m² (400 euros pour un 80 m²), soit une économie de 20 à 30 % répercutée dans les charges. Pour l’investissement de 2,155 millions d’euros (HT), la Sibar a obtenu un cofinancement de l’Ademe à hauteur de 968 735 euros.

La fiabilité en ligne de mire

« L’une des discussions que nous avons eu concernait la fiabilité. Nous ne voulions pas dépendre d’un maillon faible qui paralyse tout », résume Richard Mistler. Ainsi, chaque pièce est désolidarisée. Quatre vis sans fin supplémentaires ont aussi été apposées par sécurité, pour envoyer les granulés du silo aux tuyaux, puis aux chaudières. La chaufferie consomme au maximum 25 tonnes de granulés par jour. Avec une réserve de 120 tonnes, l’installation dispose d’une autonomie de cinq jours. Et un semi-remorque peut décharger sa cargaison en quinze minutes. Le bailleur a installé d’autres chaufferies en cascade sur ses propriétés dans le département, à plus petite échelle. Cependant, il serait « difficile de gagner du temps sur la conception », d’après Joseph Lehmann, pour qui le chantier n’a pas connu d’anicroche notable.

Les chiffres de l’installation

  • 75 kW à 5 500 kW : la puissance modulable de l’installation.
  • 8 000 : le nombre de radiateurs équipés d’un insert d’équilibrage.
  • 44 % : l’économie de puissance avec la nouvelle chaufferie (de 9,8 à 5,5 MW).
  • 2,1 millions d’euros : le coût de l’installation, dont près de 50 % (968 735 euros) financés par l’Ademe.