Decryptage

Alerte sur les réseaux de chaleur

C’est un coup de semonce qu’ont lancé certains collectifs professionnels (1) le 16 novembre à Paris, saisissant l’occasion du débat en cours sur la loi de finances 2019 : si l’État ne corrige pas le dispositif d’aide aux réseaux de chaleur, il risque de couper les ailes d’un des secteurs les plus performants sur la voie de la transition énergétique.

PAR PATRICK PIRO - NOVEMBRE 2018
Blanc-Mesnil GÉOTHERMIE @Coriance

Aujourd’hui au nombre de 761, les réseaux ont doublé en dix ans la part « verte » de leur production, qui totalise 14 TWh — soit 56 % de la chaleur qu’ils délivrent. Et la vitesse de décroissance du contenu moyen en CO2 de la filière n’a pas d’équivalent : avec des émissions tombées à 0,116 kg/kWh, elle fait mieux que le gaz (de 50 %) et même l’électricité (de 36 %), pourtant majoritairement issue du nucléaire.

Jusqu’à présent, cette mutation énergétique s’est opérée par la migration des sources d’énergie, des fossiles vers les renouvelables, ainsi que par l’élargissement du parc des bâtiments desservis, domaines où il y a encore beaucoup à gagner. Le point faible de cette dynamique, identifient les professionnels, c’est le peu de croissance du nombre de nouveaux réseaux, avec le risque de rater assez largement la cible de verdissement du secteur chaleur assignée par la PPE. Alors même que les réseaux restent le parent pauvre du secteur. Ils ne couvrent que 5 % des besoins du pays, en dépit d’un potentiel de développement très important : environ 400 collectivités de plus de 20 000 habitants sont dépourvues de réseau de chaleur.

Des fonds inemployés

Certes, le candidat Emmanuel Macron avait promis un doublement du Fonds chaleur (actuellement entre 200 et 300 millions d’euros par an), auquel émargent les projets de réseaux de chaleur renouvelable. Mais paradoxalement, ce gonflement de l’enveloppe (à supposer qu’il soit acté…) ne fait pas le Noël des professionnels. Bien que la Cour des comptes ait salué la pertinence de cet usage des deniers publics, il subsiste régulièrement en fin d’année, une part de fonds inemployée !

La cause, selon ces collectifs professionnels (1) : un manque de souplesse du mécanisme d’attribution. En particulier, il n’aide qu’insuffisamment les petits projets, qui peinent notamment à faire financer les études préliminaires (de l’ordre de 100 000 euros), mais aussi à défendre leur rentabilité aux yeux des banques. Aussi, les professionnels plaident-ils pour une augmentation du montant attribué par projet, ainsi que pour une révision de son mode de calcul. Car depuis 2014, alors que le prix des fossiles avait fortement grimpé, l’aide est ajustée de manière à ce que le coût de la chaleur renouvelable d’un nouveau réseau ne soit inférieur que de 5 %, à terme, à une solution « gaz ».

Le secteur plaide aujourd’hui pour un taux de 10 %, car cette indexation brouille nettement l’appréciation de la rentabilité par les investisseurs, alors que le cours du gaz est reparti à l’oscillation. L’année 2017, qui l’a vu à la baisse, en a apporté l’illustration : les projets sont restés dans les cartons. Une éclaircie durable devrait cependant se manifester d’ici deux ou trois ans, quand la hausse régulière de la contribution climat-énergie sur les fossiles aura mécaniquement raffermi la compétitivité des réseaux de chaleur renouvelable. Il faut donc, sans attendre, aider le secteur à passer le délicat cap actuel, argumentent les professionnels.

(1) Amorce (Association de collectivités, gestion des déchets, réseaux de chaleurs, gestion locale de l’énergie), Fedene (Fédération des services énergie et environnement), SNCU (Syndicat national du chauffage urbain et de la climatisation urbaine).

En résumé :

  • les réseaux de chaleur sont à la pointe de la transition énergétique ;
  • pourtant, le Fonds chaleur, qui les soutient, a perdu de son efficacité, avec la menace de casser l’élan du secteur ;
  • aussi les professionnels demandent-ils une révision rapide du mécanisme des aides afin de conserver la compétitivité des nouveaux projets de réseaux de chaleur renouvelable.