Le tour de la question

Co-construire un projet de méthanisation

Pour éviter les oppositions aux méthaniseurs, mieux vaut agir en concertation avec tous les acteurs.

PAR AUDE RICHARD - MAI 2018
Élaboration d'un plan local énergie
© Aude Richard

Comment éviter les oppositions de la population à un projet de biogaz ? « Les retours d’expériences montrent que la seule volonté de la collectivité ne suffit pas à mettre en œuvre une unité de méthanisation. Le partenariat entre monde agricole et collectivités est indispensable, et ce dès le départ pour que le projet aboutisse », répond l’Institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement (Ifrée), qui vient de publier un guide sur le rôle des collectivités dans le montage des projets biogaz, en partenariat avec le centre technologique Apesa (Association pour l’environnement et la sécurité en Aquitaine) et Set Transfert (interface entre la recherche en sciences humaines et le monde opérationnel). L’implication de la collectivité est déterminante dans l’acceptabilité du projet par la population. Au travers de l’échange, les habitants se forment, contribuent aux réflexions et abandonnent des visions parfois simplistes. Les projets issus d’un dialogue sont mieux acceptés, car élaborés collectivement.

De la concertation à la co-construction

Il est possible d’associer les habitants à différents niveaux. Premier niveau : l’information. « L’information ne constitue pas en soi un processus participatif, mais elle est une composante stratégique de la concertation », souligne le guide. Ensuite, on distingue le niveau de la consultation, processus par lequel les décideurs demandent l’avis des habitants ou des usagers afin de connaître leur opinion. Puis la concertation est un processus de dialogue et de recherche d’accord. Enfin, la codécision implique directement les parties jusqu’à la prise de décision. Mais l’Ifrée met en garde : cette dernière démarche est « exigeante et chronophage ». Elle sera utile quand le problème est complexe, que les solutions ne sont pas évidentes à élaborer et à mettre en œuvre, quand le projet est conflictuel, mal accueilli, mal perçu. Par contre, il n’est pas utile d’associer les riverains si le projet est déjà bouclé et que plus aucune marge de manœuvre n’existe.

Avant de s’engager dans une consultation, il convient donc de s’interroger :

  • Qu’est-ce que l’on en attend ?
  • Sur quoi va porter le dispositif (un objet de travail précis, déterminé ou au contraire une question large, très ouverte) ?
  • Quels sont les acteurs à impliquer et à quel niveau ?
  • Quelle sera la démarche proposée (réunion publique, groupe de travail, supports de communication, visite de site…) ?
  • Que va devenir le travail produit ?
  • Qui décidera ?
  • Quelles seront les suites données à cette démarche de concertation ?

L’accompagnement par un professionnel de la concertation peut être intéressant.

Déméter Énergies, un projet de territoire

À Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), les agriculteurs du groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) Biraud/Paillat, ont sollicité l’Ifrée pour un accompagnement. L’institut a animé une réunion publique d’information et les réunions d’un groupe de travail – avec les personnes volontaires – intitulé « Quelles améliorations pour le projet d’unité de méthanisation ? », en 2016 et 2017. Le 16 novembre 2017, la réunion de restitution publique a rassemblé près de 300 personnes. Suite à cette soirée, 200 000 € ont été récoltés en financement participatif (sur Enerfip) en 15 jours seulement. Le fait d’associer l’ensemble des acteurs concernés dès le lancement officiel du projet a contribué à son acceptabilité par la population. Aujourd’hui, l’unité de méthanisation agricole SAS Déméter Énergies est un projet de territoire revendiqué par les élus. Le chantier a démarré cet hiver.