Le tour de la question

Comment réussir sa campagne de financement participatif ?

De Montrigaud (Drôme) à Villebois, en passant par Planèze (cf les Clés de la transition énergétique de juin), de nombreux projets d’énergies renouvelables intègrent un financement participatif, très souvent couronné de succès. Quelles sont les clés pour réussir une campagne ? Quelques réponses avec Jérôme Blanc, chef de projets à Enerfip.

PAR CHRISTEL LECA - NOVEMBRE 2018
@Enerfip

Selon votre expérience, quels paramètres expliquent le succès d’une campagne ?
Ils varient selon les territoires. À Villebois, le développeur, la Compagnie nationale du Rhône, est un acteur très impliqué dans la vallée du Rhône, il est connu et inspire confiance. L’implication des élus locaux est aussi importante. Quand la commune, la communauté de communes ou le département sont à la tête de la dynamique, les habitants suivent très fortement. Mais cela nécessite du dialogue, de la pédagogie : les élus doivent gagner en compétences sur ces sujets afin de porter le message le plus en amont possible.

 

 

Une telle campagne permet ce dialogue en amont, n’est-ce pas un garant de l’acceptation locale d’un projet ?
On quitte un “ancien monde” où les industriels développaient leurs projets puis les exploitaient et les élus n’étaient que fournisseurs de foncier. Aujourd’hui, ces derniers deviennent des acteurs plus conséquents qui gardent la main sur les ressources exploitées sur leur territoire. Mais ils ne connaissent pas encore bien les outils qu’ils ont à leur disposition, c’est pourquoi nous étions au Salon des maires [NDLR : du 21 au 22 novembre 2018 à Paris].
C’est un outil pour l’acceptabilité d’un projet, car il permet de lancer le débat localement et de l’animer avec un angle différent. Les gens veulent savoir, participer, s’exprimer : ce que leur offre la phase d’information avant collecte. Prévue très en amont, la séquence permet de prendre connaissance des attentes des uns et des autres et de co-construire un projet puis d’apporter une information régulière sur son état d’avancement et ses atouts pour le territoire. Et une fois que les habitants sont devenus investisseurs, leur lien avec l’infrastructure est maintenu.

Le financement participatif est-il indispensable aux projets ou une simple “cerise sur le gâteau” pour l’acceptabilité ?
Les fonds recueillis sont souvent indispensables : les fonds propres de l’opération ne sont pas toujours suffisants. Si elles ont du foncier et un peu de ressources humaines pour encadrer les projets, les collectivités locales manquent de moyens financiers. De plus, certaines banques apprécient de partager le risque avec une pluralité d’acteurs. Enfin, le processus réglementaire va être plus sain et plus rapide, car les recours sont souvent dus à un manque d’information. Le financement participatif assainit en quelque sorte la situation, préventivement.

5 000 milliards d’euros disponibles

« En France, plus de 5 000 milliards d’euros d’épargne sont disponibles. Pour financer la transition énergétique, il en faut 125, une toute petite part », explique Jérôme Blanc. La plateforme Enerfip dédiée aux énergies renouvelables, en ligne depuis septembre 2015, a collecté plus de 12,5 millions d’euros permettant de financer 45 projets pour un taux d’intérêt brut annuel moyen de 5,6 %. Elle fait partie des 57 Conseillers en Investissements Participatifs agréés par l’Autorité des marchés financiers, parmi lesquels LumoLendosphère ou encore Lendopolis interviennent également dans le secteur des énergies renouvelables.