Stratégie

Dans l’Oise, une appli pour analyser la mobilité

Questionnaire en ligne, application mobile, groupes de discussions… Avec l’université de Compiègne, le département cherche à collecter des données sur les déplacements des habitants afin d’adapter les transports.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - MAI 2019
Cristina Pronello, chercheuse titulaire de la chaire Mobilité intelligente et dynamiques territoriales à l’UTC. ©DR

Quel moyen de transport utilisez-vous ? Pour quel type de trajet ? Depuis 2017, l’université de technologie de Compiègne (UTC) mène un vaste projet sur la mobilité dans le département, en partenariat avec le Syndicat mixte des transports collectifs de l’Oise. « L’objectif est de collecter des données sur les usages des habitants en termes de déplacements afin de les comparer aux services proposés (transports en commun, pistes cyclables…) et, si besoin, d’adapter ces derniers. Par exemple, si on s’aperçoit qu’un trajet est très emprunté, pourquoi ne pas y proposer une ligne de bus… L’idée est d’aider les collectivités locales à prendre de bonnes décisions », explique Cristina Pronello, chercheuse titulaire de la chaire Mobilité intelligente et dynamiques territoriales à l’UTC.

Une appli au secours de la recherche

Pour cela, les Isariens peuvent télécharger l’application mobile “Mobilité dynamique”. Grâce aux données GPS du téléphone, leurs déplacements – voiture, bus, marche ou vélo – sont enregistrés (de manière anonyme) dans des bases de données que la chercheuse peut ensuite exploiter.

« Pour l’instant, 1100 personnes l’ont téléchargée, pas uniquement dans l’Oise puisque c’est une application multi-langues lancée d’abord en Italie. Ici, on se rend bien compte que la voiture est le moyen de transport le plus utilisé et ce même si à Compiègne, les transports en commun sont gratuits, avec six lignes de bus. À pied, la traversée de la ville se fait en trente minutes. À vélo, en quinze. Et pourtant, la grande majorité des habitants viennent toujours le matin en voiture », détaille Cristina Pronello, indiquant que souvent, les usagers sous-estiment le coût total d’une voiture, en se focalisant sur le carburant et en omettant les coûts d’assurance et des réparations.

Comment mobiliser tout le monde ?

Pour aller plus loin, la chercheuse et ses étudiants ont aussi mis en place un questionnaire en ligne. « Les retours sont encore trop faibles, avec environ 200 réponses. Il est malheureusement difficile de mobiliser les gens sur ces questions. Nous avons donc aussi proposé des groupes de discussion, où chacun peut faire part de ses habitudes et de ses besoins. Mais ils sont fréquentés par des personnes déjà sensibilisées à la question des mobilités durables. Comment toucher les autres ? On voit bien que la voiture est encore synonyme de liberté et que la gratuité des bus ne résout pas la question de la fréquence. Peut-être faudrait-il qu’ils passent plus souvent », avance la chercheuse.

Les premières données devraient être rendues publiques dans quelques semaines. Cristina Pronello cherche aussi des budgets pour développer l’application, et proposer par exemple un module qui comparerait les coûts des différents moyens de transport.

En chiffres

De 4 927 € (pour une Logan diesel) à 9 794 € (pour une Prius hybride), c’est le budget annuel moyen d’un véhicule, selon les derniers chiffres de l’Automobile club national.

En France, un trajet en voiture sur quatre fait moins de 3 km, selon le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement).