Portrait

De la froideur d’un ISO à la chaleur des EnR territoriales

Après une belle parenthèse dans une intercommunalité où il a porté un programme Tepos, Nicolas Gente retrouve son milieu professionnel d’origine : un syndicat départemental d’énergie. De la Vendée au Lot-et-Garonne, il met en application sa « culture du travail collaboratif ».

PAR FRANCK TURLAN - JANVIER 2019
@Nicolas Gente

Sa première connexion au secteur de l’énergie, Nicolas Gente l’a vécue au Brésil… dans une centrale à charbon. Ingénieur généraliste de l’Insa Lyon (Institut national des sciences appliquées), il se destine alors aux métiers de l’environnement, versus industries. Il travaille ainsi à la mise en œuvre de la norme ISO 14001 dans cette “usine” à fabriquer de l’électricité… et du dérèglement climatique.
À son retour en France, c’est une tout autre voie qui l’aspire : celle des collectivités locales et du développement des énergies renouvelables. Il intègre le Syndicat départemental d’énergie de Vendée (Sydev) pour définir les processus d’une nouvelle mission qui incombe alors à ces structures : le contrôle de la concession du réseau de distribution électrique. A priori, pas de quoi faire rêver un jeune homme de 22 ans. Sauf que la fiche de poste mentionne aussi la mise en place progressive d’un service d’accompagnement des communes : achat groupé d’énergie, puis développement des EnR. « Les directeurs du Sydev, Pascal Berzosa puis Patrick Villalon, avaient cette vision d’aller sur la transition énergétique, concept quasi inconnu en France en 2004 », explique Nicolas Gente. Ces rencontres humaines vont marquer son parcours professionnel ; tout comme celles des équipes du Réseau pour la transition énergétique (Cler) et de NégaWatt.

« Pas tout faire, mais montrer le chemin »

Installation de chaufferies bois, de solaire thermique ou photovoltaïque, de méthaniseurs, efficacité énergétique : au bout de deux ans de construction du service aux communes, il aura pu concrétiser le “concept” de transition, en s’appuyant parfois sur l’outil juridique mis en place auparavant par le syndicat : une société d’économie mixte (SEM) dédiée à ses investissements dans les EnR. Nicolas Gente a eu ainsi un rôle prépondérant dans le développement d’une quarantaine de grandes toitures photovoltaïques et de quatre centrales solaires au sol. « En 2006, le photovoltaïque n’existait pas chez nous. Il fallait y croire et le lancer. Nous avons été pas mal sollicités par les entreprises, les agriculteurs et les particuliers, à travers des conférences et des rencontres, pour expliquer nos réalisations. Donner envie aux autres de passer à l’action, c’est ça aussi, la vocation d’un syndicat. Il n’est pas là pour tout faire, mais pour montrer le chemin ».
Nicolas Gente aura mis sur pied au Sydev l’un des plus importants démonstrateurs français de “réseau intelligent”, en partenariat avec la société qui ne s’appelait pas encore Enedis. De cette expérience, il retient la possibilité d’une convergence de vues dans le concret, dans l’action. « La culture du travail collaboratif, je l’ai apprise en Vendée », estime-t-il.

Méthaniseurs collectifs avec les agriculteurs

Depuis lors, c’est pour lui une seconde nature. Elle a joué à plein lors de son poste de chargé de mission Tepos (territoire à énergie positive) à la communauté de communes Maremne-Adour-Côte Sud (Landes), où il a notamment lancé une plateforme de rénovation énergétique et piloté une SEM disposant d’un programme d’investissement de 100 millions d’euros : « Sur un petit territoire, j’étais encore plus dans le concret des projets, avec l’objectif de mettre tout le monde en mouvement, des élus aux habitants, autour d’une “feuille de route” conçue ensemble. »
Aujourd’hui, Nicolas Gente revient dans un syndicat d’énergie, celui du Lot-et-Garonne, où il met à profit la culture du collaboratif dans sa nouvelle mission : un programme de cinq à huit méthaniseurs collectifs, prioritairement destinés à l’injection directe sur le réseau gaz, en partenariat avec la chambre d’agriculture et la Fédération départementale des Cuma (réseau des coopératives d’utilisation du matériel agricole). Co’Meth 47 : un beau projet qui devrait là aussi ouvrir la voie et contribuer au décollage de cette filière.