Portrait

Du journalisme au financement participatif, une question de sens

Cofondatrice de la plateforme de financement participatif Lendosphere, Laure Verhaeghe arpente les territoires pour expliquer comment orienter l’épargne vers la transition énergétique.

PAR CAROLE RAP - FéVRIER 2019
Laure Verhaeghe @DR

Après six ans de journalisme pour le magazine spécialisé dans le développement durable, Valeurs vertes, Laure Verhaeghe voulait proposer des solutions concrètes. Lorsque l’ordonnance du 30 mai 2014 vient créer le nouveau cadre réglementaire du financement participatif, cette diplômée de Sciences-Po Lille passe à l’acte.

Avec Amaury Blais, ingénieur ayant cinq ans d’expérience comme analyste dans le secteur bancaire, elle cofonde Lendosphere en décembre 2014. « C’est une chance extraordinaire de permettre aux particuliers de mettre du sens dans leur épargne en la fléchant de façon positive vers des projets de territoire contribuant à la transition énergétique », explique la jeune femme de 34 ans.

38 millions prêtés

Premier sur son secteur, Lendosphere a déjà contribué au financement de plus de 130 projets d’énergies renouvelables, majoritairement photovoltaïques et éoliens, plus deux réseaux de chaleur bois et un site de méthanisation. Depuis sa création, plus de 38 millions d’euros ont été prêtés aux porteurs de projets à partir de l’épargne des particuliers. « À part les réseaux de chaleur, les projets sont ancrés sur les territoires ruraux. La communauté des prêteurs est aussi rurale qu’urbaine. Beaucoup de personnes ont placé leur argent parce qu’il s’agissait d’un projet à côté de chez eux et n’en auraient pas eu l’idée sinon. C’est aussi grâce à la communication que nous réalisons localement », explique Laure Verhaeghe.

Expliquer et accompagner

Réflexe d’ancienne journaliste ? La directrice générale de Lendosphere, dont les bureaux sont basés à Paris, passe beaucoup de temps sur le terrain pour expliquer la démarche. Il lui faut tenir des permanences d’informations, rencontrer les élus, répondre aux questions des particuliers. Pourquoi tant de déplacements alors que la collecte de l’épargne s’effectue en ligne ? « Nous constatons une petite fracture numérique au niveau des territoires ruraux. C’est pourquoi nous menons un gros travail d’accompagnement sur l’utilisation de la plateforme, par téléphone ou en nous rendant sur place. Cela permet de rassurer, de répondre aux questions physiquement, de montrer qu’il y a des êtres humains derrière une plateforme », assure-t-elle.

Lendosphere soigne aussi son lien avec les collectivités locales. « Quand elles lancent une consultation pour avoir un projet d’énergies renouvelables sur leur territoire, elles demandent souvent aux développeurs d’intégrer un volet participatif dans leurs réponses ». Nouveauté, une commune (Malaunay en Seine-Maritime) a même eu recours à Lendosphere l’an dernier pour financer son installation de panneaux photovoltaïques en autoconsommation avec batterie. « Elle a emprunté 50 000 euros, soit un tiers du financement du projet, afin d’y associer ses administrés. Beaucoup d’habitants ont participé à l’opération. Cela permet de toucher un public plus large que celui convaincu par la transition énergétique. »

Depuis sa création fin 2014, Lendosphere affiche :

  • 132 projets présentés
  • 100 % de collectes réussies
  • Montant total prêté : 38 millions d’euros
  • Montant moyen prêté : 1 255 €
  • 10 524 inscrits sur le site
  • 20 opérations intégralement remboursées
  • Taux d’intérêt fixe par projet de 4 % à 7 %.