Initiatives

En Pays de la Loire, Cowatt invente le cotoiturage solaire

D’un côté, des propriétaires qui ont une toiture pouvant accueillir des panneaux photovoltaïques. De l’autre, des citoyens prêts à investir dans un projet local de développement des renouvelables. La coopérative Cowatt, qui veut mobiliser au service de la transition énergétique, les réunit.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - JUIN 2018
Inititiave Dome bioreacteur
Cowatt, coopérative citoyenne d’énergie solaire. © Cowatt

Le covoiturage, vous connaissez. Mais le cotoiturage ? En Pays de la Loire, des citoyens, impliqués notamment dans deux associations promouvant depuis longtemps les énergies renouvelables – Alisée, en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire  et Élise, en Vendée –, se sont regroupés. Il y a près de trois ans, ils se sont posé cette question : « Qu’est-ce qu’on peut faire, nous, concrètement, pour la transition énergétique ? » « On a réfléchi à développer un projet en particulier, ou bien un incubateur puis est venue l’idée du cotoiturage. C’est ainsi qu’est née la société citoyenne Cowatt », explique Pierre Peigné, désormais coordinateur du Maine-et-Loire.

Concrètement, l’idée est de mettre en relation des porteurs de projets qui peuvent mettre à disposition une toiture pour y installer des panneaux photovoltaïques et des citoyens (et collectivités) prêts à investir. « C’est une démarche collective, à laquelle chacun peut participer. Vous avez une toiture qui peut correspondre, vous pouvez la proposer. Vous êtes locataire ou bien avez une maison mal orientée qui ne peut pas accueillir des panneaux, vous pouvez investir. Une communauté est alors créée, toujours en hyper local, pour donner davantage de sens et ancrer le projet dans un territoire », résume le coordinateur.

« S’inscrire dans un projet de territoire »

Le ticket d’entrée pour investir est à 100 euros. L’hébergeur des panneaux reçoit d’ailleurs cette somme, pour l’inciter à investir aussi, sachant que, par le système de gouvernance coopérative, un actionnaire a droit à une voix (peu importe le nombre d’actions possédées) lors des prises de décision. « Il y a un retour sur investissement, mais pas spéculatif. Cowatt se fixe un objectif de rentabilité entre 2 et 3 %. Le but premier n’est pas de gagner de l’argent, mais de s’inscrire dans un projet de territoire. C’est un investissement sécurisé – même si bien sûr on ne peut jamais garantir le zéro risque – puisqu’une fois les panneaux installés, un contrat de vente est signé avec EDF sur vingt ans », détaille Pierre Peigné. L’avantage, c’est aussi que Cowatt s’occupe de tout ce que l’on peut redouter en général dans ce genre de projet : paperasse, relations avec la banque, recherche d’artisans sérieux…

L’ambition est aussi de travailler main dans la main avec les collectivités. « À Beaucouzé (Maine-et-Loire), c’est par exemple la mairie qui est venue nous voir pour nous proposer des toitures. En fait, beaucoup de collectivités sont intéressées par le sujet, mais peu ont les outils pour mobiliser des citoyens, d’où l’intérêt d’œuvrer ensemble », poursuit Pierre Peigné.

Une quinzaine de projets sont déjà en cours dans la région, à des stades plus ou moins avancés. En Vendée, deux toitures sont déjà en fonctionnement depuis fin 2017. « C’est un petit projet, le minimum en termes de viabilité. Deux toitures de 40 m², d’une puissance de 6 kW. Pour chacune, il a fallu mobiliser 10 000 euros. 70 % grâce à un emprunt bancaire de Cowatt et le reste auprès d’une vingtaine de citoyens du coin. » L’objectif ? 1 000 toitures recouvertes et 8 000 citoyens coopérateurs impliqués d’ici à dix ans.