Décryptage

Fonds OSER : ancrer les projets de transition énergétique dans le territoire

En Auvergne-Rhône-Alpes, ce fonds d’investissement, fruit d’un partenariat public-privé, finance la production d’énergies renouvelables. Depuis trois ans, 25 projets ont été suivis, pour un montant de 9,2 millions d’euros. Interview avec son président, Frédéric Pieus.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - MARS 2019
Frédéric Pieus © Fonds OSER

Les Clés de la transition énergétique : Qu’est-ce que le fonds OSER ?

Frédéric Pieus : C’est un fonds d’investissement créé en 2014 qui entend participer au développement des énergies renouvelables sur le territoire Auvergne-Rhône-Alpes. La moitié du capital est détenue par la Région, l’autre par divers actionnaires locaux, tels que la Caisse des dépôts et consignations, la Banque populaire Auvergne-Rhône-Alpes, la Compagnie nationale du Rhône… Le fonds est membre fondateur des fonds régionaux pour la transition énergétique (FRTE).

Les CTE : À qui s’adresse-t-il ?

F. P. : Il s’adresse d’abord aux collectivités locales, notamment à l’échelon des communes et des agglomérations, à la fois pour l’aspect financier, mais aussi pour la structuration juridique, l’aide sur les contrats… Les porteurs de projets privés – un agriculteur avec un projet d’unité de méthanisation par exemple – peuvent aussi faire appel à OSER, ainsi que les développeurs. Car certains parviennent à développer un volume de projets dépassant leurs propres capacités d’investissement.

Les CTE : Quel intérêt pour une collectivité ?

F. P. : Nous nous positionnons vraiment comme un tiers de confiance auprès des collectivités, avec lesquelles nous partageons un même objectif : ancrer les projets dans les territoires. Nous travaillons avec les collectivités sur le long terme et sommes là pour renforcer les fonds propres et ressources financières. Le fonds met aussi en relation les collectivités et les développeurs, qui ne parlent pas toujours forcément le même langage. Désormais, les développeurs ont intégré qu’ils devaient travailler en bonne intelligence avec les collectivités locales. Il est terminé, le temps où l’on voyait des projets pousser avec des investisseurs impossibles à joindre ou bien tout simplement dont on ne connaissait pas le nom.

Les CTE : À quel moment la collectivité fait-elle appel au fonds OSER ?

F. P. : Dans l’idéal, au tout début du projet. Les différents retours d’expérience que nous avons nous permettent de dire que le mieux est de se parler tôt, pour voir ce qui peut fonctionner ou non, observer ce qui a réussi ailleurs… Ainsi, même si nous intervenons majoritairement sur la phase de construction, nous pouvons aussi être présents sur le développement. Nous allons régulièrement à la rencontre d’élus lors de réunions, de salons… En ce moment, de petites communes font appel à nous, comme Saint-Rémy-de-Maurienne (Savoie) qui a besoin d’une structure de confiance apportant aussi des fonds pour un projet de centrale hydroélectrique ou Charix et Echallon (Ain), qui investissent dans un parc éolien mais n’ont pas assez de fonds. Ces petites communes, malgré de petits moyens d’investissement, se tournent vers nous pour être parties prenantes du projet.

Les CTE : Quel est le taux de rentabilité de l’investissement ?

F. P. : Il est de l’ordre de 5 % pour les projets les moins risqués et 10 % pour les plus à risque.

Les CTE : Refusez-vous d’investir dans certains projets ?

F. P. : Ça peut arriver, souvent avec les porteurs privés qui, malheureusement, ont parfois investi beaucoup de temps et d’argent pour un projet finalement pas rentable, pour lequel ils n’ont pas eu conscience de l’intégralité des coûts.

En chiffres

  • OSER a investi en fonds propres dans 25 projets pour un total de 9,2 millions d’euros (pour un montant d’investissement global supérieur à 170 millions d’euros).

  • Parmi ces 25 projets : 10 photovoltaïques, 6 éoliens, 5 de méthanisation et 4 d’hydroélectricité, pour une capacité totale de 100 MW de puissance installée.
  • Une augmentation de capital vient d’avoir lieu : 10 millions d’euros vont pouvoir être à nouveau engagés dans les trois prochaines années dans de nouveaux projets de territoire.