Decryptage

Le Fonds chaleur va fêter ses dix ans

En 2019, le Fonds chaleur, géré par l’Ademe, va fêter ses dix ans. Dans la publication bilan qui vient de paraître, l’Ademe rappelle que le Fonds chaleur est un instrument majeur pour répondre aux objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, qui vise à porter la part des renouvelables à 38 % de la consommation finale de chaleur en 2030. Bilan avec Rémi Chabrillat, directeur productions et énergies durables de l’Agence.

PAR JOëL SPAES - DéCEMBRE 2018

Les Clés de la transition énergétique : Quelle est la mission du Fonds chaleur ?

Rémi Chabrillat : Le Fonds chaleur a été conçu comme un outil pour aider la chaleur renouvelable dans les collectivités locales, les entreprises et les territoires. Il faut en effet rappeler que 50 % de l’énergie consommée l’est sous forme de chaleur. Or, aujourd’hui encore, cette chaleur est essentiellement fondée sur les énergies fossiles (gaz, fioul) alors que des technologies existent pour utiliser la chaleur renouvelable (biomasse, solaire, géothermie, pompes à chaleur, récupération de chaleur industrielle ou valorisation des déchets). Le Fonds chaleur permet aux collectivités de gommer le surcoût des investissements liés aux infrastructures (chaufferies, réseaux).

Les réseaux de chaleur ont particulièrement été aidés au bénéfice des collectivités locales. Sur les quelque 4 300 opérations menées grâce au Fonds chaleur à fin 2017, on compte plus de 820 projets de réseaux de chaleur, très majoritairement dans des collectivités. En dix ans, cela a permis d’augmenter d’environ 60 % la longueur des réseaux de chaleur. Ces derniers ont capté un peu plus de 40 % du Fonds et représentent 70 % de l’énergie renouvelable produite par des installations financées par ce dernier. Des opérations réalisées en régie, ou via des délégations de service public, notamment avec les syndicats d’énergie.

CTE : Quels sont ses bénéfices pour les collectivités locales ?

R.C. : En termes de bénéfices, il y a d’abord une dimension économique, puisque les aides permettent un gain, mais également une stabilité des prix des énergies utilisées, et luttent ainsi contre la variation du prix du baril. En outre, toutes les énergies utilisées ne sont pas, ou peu, émettrices de gaz à effet de serre.

En termes d’emplois également, le bilan est positif et local. C’est au final une contribution à la transition énergétique dans toutes ses dimensions : environnementale, économique et sociale.

CTE : Quelles bonnes pratiques ont permis la mise en place du Fonds chaleur ?

R.C. : Il s’agit essentiellement d’une anticipation sur la planification territoriale, notamment quand on intègre une réflexion sur les réseaux. Cela a été le cas à Dijon, avec la mise en œuvre d’un réseau de chaleur en même temps que celui du tramway, d’où moins de travaux, et moins de gêne pour les citoyens. Il s’agit aussi de passer par la concertation avec tous les usagers, en embarquant les copropriétés, les entreprises et les industriels. Ce sont des démarches qui s’inscrivent pleinement dans les PCET (plans climat énergie territoriaux). Le Fonds chaleur a aussi permis d’incarner la transition énergétique, car les réseaux de chaleur et les chaufferies se voient.

Les syndicats d’énergie et les associations dédiées ont facilité ce déploiement, notamment avec la mise en œuvre de schémas directeurs issus d’un travail collectif. Enfin, cette visibilité permet aussi de valoriser l’action des collectivités locales et des élus.

Les chiffres du Fonds chaleur à fin 2017

  • 1,75 milliard d’euros engagés par l’Ademe
  • 5,78 milliards d’euros d’investissements générés au total
  • 4 273 opérations
  • 829 projets réseaux de chaleur
  • 1 093 projets bois biomasse
  • 62 projets récupération de chaleur fatale
  • 98 projets biogaz
  • 495 projets géothermie
  • 1 696 projets solaires

 

Pour en savoir plus : Bilan 2009-2017 du Fonds chaleur (publication de l’Ademe).