Decryptage

Mobiliser les habitants, le grand défi

Comment mobiliser les habitants ? Voilà une des grandes questions soulevées aux 8e Rencontres nationales énergie et territoires ruraux, qui se sont déroulées en septembre dernier à Montmélian (Savoie).

PAR CHRISTEL LECA - OCTOBRE 2018
Olivier Viry, directeur de la régie de territoire Cœur de Savoie. © C. Leca

Parmi les outils, indéniablement, le financement participatif « relocalise l’épargne dans des projets qui ont du sens » pour Jean-Marc Bouvier, vice-président de la communauté de communes du Val de Drôme. Un point de vue partagé par Julien Vye, chef de projet transition énergétique à Valence Roman Agglo et directeur de la Compagnie éolienne du pays de Romans (CEPR), une SAS créée en 2007 et qui réunit l’agglomération, Engie Green, le fonds régional d’investissement dans les énergies renouvelables Oser et la commune de Saint-Antoine-l’Abbaye. Elle porte notamment le parc éolien de Montrigaud, inauguré mi-septembre dernier, qui sera bientôt ouvert au financement participatif des habitants pour un montant de 500 000 euros : une paille dans un budget global de près de 60 millions d’euros ? « Plus que le financement de l’opération, il s’agit de mobiliser les habitants et de donner l’impulsion à d’autres projets », insiste Julien Vye.

Donner l’impulsion

C’est aussi l’objectif des régies de territoire (RT), une déclinaison rurale des régies de quartier (RQ), comme la RT Cœur de Savoie, créée en 2010 à Saint-Pierre-d’Albigny (Savoie). Les RT, comme les RQ, peuvent avoir un rôle d’insertion sociale et de prévention de la précarité énergétique en organisant des visites chez les habitants, en tenant des permanences d’information ou en réalisant des petits travaux d’isolation, en lien avec les Espaces Info Énergie (EIE) ou les bailleurs sociaux.

Après avoir travaillé avec la RQ de Villeneuve (Grenoble), Bernard Reverdy, alors maire du village voisin de Fréterive, cherchait un moyen d’impliquer les habitants dans la vie du territoire. « Il existe un petit patrimoine : des chemins, des murets, des bassins ou des cimetières qui sont peu entretenus du fait des petits chantiers qu’ils représentent, alors que des habitants sont capables de le faire, avec l’aide de professionnels ou non. La RT est devenue une structure d’insertion, qui emploie aujourd’hui une trentaine de personnes, autour notamment de la réfection de ce petit patrimoine. » Ces marchés, financés par les collectivités locales, non concurrentiels, donnent du travail… et des idées aux habitants.

C’est sous l’impulsion d’une habitante férue de couture que la RT Cœur de Savoie a lancé en 2014 l’atelier de couture Fibr’ethik, un chantier d’insertion par l’activité économique qui récupère les bâches publicitaires pour en faire des accessoires de maroquinerie. Il emploie 13 équivalents temps plein, occupe un local au loyer modique de la communauté de communes et vend ses créations sur les marchés grâce aux bénévoles qui se mobilisent. L’atelier donne aussi une seconde vie à des bâches traditionnellement à usage unique, éventuellement sous la forme d’objets promotionnels commandés par les annonceurs. Ce recyclage permet d’éviter leur incinération ou mise en décharge et constitue ainsi une économie d’énergie et de ressources qui contribue directement à la transition énergétique. 

Les régies de territoire

Elles sont une douzaine, de Billom (63) à Fort-de-France (Martinique) et Kourou (Guyane), en passant par Camblanes-et-Meynac (33), Le Creuzot (71), Rodez (12) ou Vierzon (18), parmi les 140 régies de quartier ou de territoire labellisées par le Comité national de liaison (cnlrq.org). Ce dernier estime que les RT et RQ emploient 8 000 salariés chaque année, mobilisent 2 000 bénévoles et 150 collectivités, pour un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros, avec un autofinancement allant de 50 à 75 %.