Stratégie

Planèze : un parc éolien participatif

C’est une aventure de longue haleine qui s’achève pour Bernard Berger, maire de Saint-Georges-les-Bains, avec l’inauguration, le 25 mai dernier, du parc éolien CNR de Planèze, en Ardèche.

PAR CHRISTEL LECA - JUIN 2018
Parc éolien de Planèze (Ardèche). © CNR

Président du Syndicat départemental de l’énergie entre 1996 et 2008, Bernard Berger connaissait bien les questions de transition énergétique lorsqu’en 2005, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) lui propose d’installer des éoliennes sur les hauteurs boisées de Saint-Georges-les-Bains. Le village se situe à quelques kilomètres au sud-ouest de Valence, à proximité des berges du Rhône.

Douze ans de concertation

« Le projet a été accepté à l’unanimité en conseil municipal dès 2005 et nous avons donc lancé une zone de développement éolien avec les communes voisines, en concertation avec les associations. Nous avons dû modifier le plan local d’urbanisme… Et la loi Brottes [loi du 15 avril 2013 visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre, ndlr] est arrivée : il a fallu tout recommencer de zéro », raconte l’élu, s’avouant découragé à l’époque, mais galvanisé par un conseil municipal et une CNR volontaires. « Nous avons réalisé, avec elle, un important travail de concertation avec la population et le monde associatif. J’avais la chance de connaître leurs préoccupations, car j’étais investi dans le Syndicat mixte Eyrieux-Clair ou Natura 2000. Nous avons pu anticiper leurs critiques et leurs besoins, tels que la préservation des populations de chauves-souris, de lézards ou de lichens. Une association d’opposants s’est montée, mais nous avons rapidement répondu à ses critiques. Nous avons également rencontré la centaine de riverains de la route départementale qu’il fallait adapter au passage des engins pour la construction. Il est fondamental de mener, très en amont, cette concertation. Cela demande beaucoup de temps, de patience et d’énergie, mais au final, nous avons essuyé très peu de contestations. J’en fus moi-même surpris : le jour où le matériel est passé sur la route, des centaines de badauds prenaient des photos des engins spectaculaires qui circulaient, comme au passage du tour de France ! »

Un double emprunt participatif réussi

Sur proposition de la CNR, un emprunt participatif (plateforme Enerfip, taux d’intérêt de 5 % pour un prêt sur trois ans) est lancé le 1er mars 2017 pour recueillir 300 000 euros auprès des habitants du territoire de la communauté de communes de Rhône Crussol. Le plafond est atteint en cinq jours. Une seconde collecte est lancée dès le 9 mars, ouverte cette fois-ci aux habitants n’ayant pas pu participer à la première, aux salariés de la CNR et – une première en France – à trois communes (Saint-Georges-les-Bains, Soyons et Cornas) et à la communauté de communes. Ces dernières répondent présentes, à hauteur de 5 000 euros chacune. La population locale et régionale se manifeste aussi : 400 000 euros sont collectés en un temps record.

Un bémol

« Lorsque nous avons lancé le projet, la commune avait trois objectifs : améliorer les pistes de la forêt communale, participer à la transition énergétique, obtenir des retombées économiques. Sur le dernier point, il reste encore à négocier avec la communauté de communes, qui a obtenu avec les lois de décentralisation la compétence économique. Elle perçoit donc en totalité l’imposition forfaitaire des entreprises de réseau (Ifer). Nous avons des arguments, puisque la commune a pris en charge de nombreuses études depuis 2005. Nos élus et employés communaux ont dépensé beaucoup d’énergie et passé beaucoup de temps sur le projet. Mais la communauté de communes n’est tenue à rien. » La négociation est en cours, et Bernard Berger espère obtenir fin juin, lors de la prochaine réunion du conseil communautaire, une compensation. « Il aurait fallu faire voter cette délibération à la communauté de communes en amont », regrette l’élu, sur le mode du conseil à ses homologues des collectivités locales.

Le parc en chiffres

  • Nombre d’éoliennes : 5
  • Capacité totale installée : 11,5 MW
  • Prévision de production annuelle moyenne : 20,5 GWh
  • Équivalent de consommation domestique annuelle : 8 500 personnes
  • Émissions de CO2 évitées : 13 735 tonnes/an
  • Hauteur des mâts : 64 mètres
  • Longueur des pales : 35 mètres
  • Hauteur totale (en bout de pale) : 100 mètres
  • Fournisseur des éoliennes, exploitation, maintenance : Enercon