Stratégie

Serre Chevalier mise sur les énergies renouvelables

Grâce à des conditions géographiques propices et en s’appuyant sur des infrastructures existantes, la station alpine a lancé un vaste programme d’installations photovoltaïques, éoliennes et hydroélectriques.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - FéVRIER 2019
Serre Chevalier @Thibaut Durand

Cols bien exposés aux vents, 300 jours de soleil par an, pas de brouillard… « Si, avec toutes ces conditions réunies, nous ne passons pas à la transition énergétique, qui d’autre le fera ? » résume Patrick Arnaud, directeur de Serre Chevalier (Hautes-Alpes). La station s’est lancée, après deux ans de réflexion et de travail, dans un vaste programme, unique dans le genre, d’installations d’énergies renouvelables. 3,6 millions d’euros ont été investis, avec notamment une subvention régionale qui a permis « d’accélérer le projet et d’innover ».

« Notre ambition ? Produire le plus possible, même quand la station sera fermée, en utilisant les infrastructures existantes et le maximum d’énergie que peut nous offrir la montagne. Nous ne sommes pas là pour faire un coup de communication ! » Objectif affiché : produire 30 % de la consommation électrique totale du domaine d’ici 2021. « On ira ensuite chercher les 50 % », lance le directeur.

Patrick Arnaud @Thibaut Durand

Du soleil, du vent et de l’eau

La station a fait le choix d’utiliser simultanément l’éolien, le photovoltaïque et l’hydroélectricité. Ainsi, 1 420 panneaux photovoltaïques (un peu plus de 2 000 m2) ont fleuri ou vont fleurir sur divers bâtiments de la station (gares de télécabines, cabanes, usine à neige…). D’ici à la fin de l’année, ils devraient fournir 527 000 kWh, soit 12 % de la production renouvelable. « Au-delà des panneaux classiques, nous avons innové en mettant des panneaux souples sur certaines gares d’arrivée et de départ de télésièges. C’est un risque financier que nous avons pris, car c’est 30 % plus cher avec des rendements que l’on nous annonçait inférieurs, mais les premiers résultats, depuis trois mois, sont concluants et les rendements semblent meilleurs que prévu ! » se réjouit le directeur du site.

Côté éoliennes, deux technologies ont été choisies. Un modèle de moins de 12 m – qui ne nécessite pas d’autorisation – d’une capacité de 10 kW est déjà opérationnel. « Mais nous sommes aussi en train de plancher sur du micro-éolien, pour les endroits aux vents faibles. » Dans tous les cas et pour une meilleure intégration au paysage, la station a opté pour de petites éoliennes. « Ça ressemble beaucoup à des pylônes de télésiège… » L’éolien produira 8 % des besoins en électricité.

Pour les 80 % restants, Serre Chevalier mise sur l’hydroélectricité, grâce notamment au réseau d’équipement de neige de culture déjà existant (bassins versants, retenues collinaires et réseaux d’acheminement de l’eau). « Notre modèle est reproductible, nous le concevons comme un démonstrateur et faisons partager notre expérience en recevant par exemple d’autres stations ».

Des stations de plus en plus vertes

Car un peu partout sur le territoire, des stations font le choix d’un fournisseur d’électricité verte (via des garanties d’origine). C’est le cas de quatre stations des Pyrénées : Saint-Lary, Font-Romeu Pyrénées 2000, Artouste et Guzet, via Altiservice, une filiale d’Engie. Dans les Alpes, la Compagnie nationale du Rhône approvisionne quant à elle plusieurs stations en électricité renouvelable (Le Grand Bornand, La Clusaz…) via des contrats directs de fourniture d’électricité verte produite localement (et commercialisés par Enalp, filiale de la CNR et d’Engie).

Mais la station championne de l’énergie verte n’est pas française. C’est Vallnord-Arcalis, en Andorre, qui, grâce à une usine hydroélectrique située au pied des pistes, fait fonctionner l’intégralité de ses infrastructures à l’énergie renouvelable : canons à neige, télésièges, téléskis, boutiques…