Stratégie

Vendée, terre de smart grid

Les résultats de cinq ans d’expérimentation du smart grid de Vendée ont été présentés le 7 septembre. Excellents, aux dires des nombreux partenaires réunis autour de ce projet, ils pourraient inspirer tout le pays, voire l’Europe.

PAR PATRICK PIRO - SEPTEMBRE 2018
Éoliennes d’EnergieTeam, à Chauché (Vendée), qui ont participé à l’expérimentation smart grid Vendée. © Patrick Piro

Très expressive, la brochette d’huiles à la tribune du centre des congrès des Sables-d’Olonne, ce vendredi 7 septembre ! On y rendait publics les résultats de cinq années d’expérimentation du “réseau électrique intelligent” (smart grid) de Vendée, et il n’y a que du bon à prendre. C’est tout simplement « le plus important démonstrateur en Europe », souligne Alain Lebœuf, président du Syndicat départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée (Sydev). Et ses résultats ont de quoi flatter les structures publiques locales et les industriels impliqués (Sydev, Enedis, RTE, Engie Ineo, Legrand, Actility, Général Electric et le Cnam). « Un partenariat exemplaire », salue Philippe Monloubou, président du directoire d’Enedis, gestionnaire du réseau de distribution.

Un appel d’offres lancé en 2010 par l’Ademe a suscité le lancement de vingt-huit démonstrateurs en réseaux intelligents en France, pour la plupart centrés sur l’expérimentation de “briques” technologiques. En Vendée, c’est tout le territoire qui a été embarqué dans le projet, et sur l’ensemble des secteurs — intégration à grande échelle des énergies renouvelables, flexibilité de la demande, pilotage du réseau, etc. Le Sydev est le partenaire clé. Ce syndicat aux particularités probablement uniques en France (toutes les communes du département sont adhérentes), investit dans la production de renouvelables (éolien et photovoltaïque, via une société d’économie mixte), entretient des relations « d’une énorme confiance, sans soupçon » avec la direction régionale d’Enedis, « et n’a pas peur de travailler avec les entrepreneurs », liste Alain Lebœuf.

Des modèles d’affaires encore à définir

Premier résultat, pour les particuliers : de 1 à 10 % d’économie d’énergie. Et la flexibilité de la demande en électricité de chauffage, poste consommateur très dominant, « laisse espérer un potentiel d’effacement de 1 kWh par ménage et par an », livre François Moisan, directeur stratégie et recherche de l’Ademe, soit 10 à 15 % de la facture. « Reste cependant à avancer sur les modèles d’affaires, car certaines solutions de régulation du réseau, comme le stockage de l’électricité ou l’agrégation de producteurs d’électricité renouvelable en milieu diffus n’ont pas de valorisation suffisante à ce jour. »

Avec une aisance révélatrice, Philippe Monloubou est en mesure de parler d’un coup gagnant. « Nous ne voulions pas investir dans un démonstrateur de “plus” : il nous fallait des livrables industriels… et nous les avons, déjà tout ou partie généralisés dans d’autres régions ! »

Ainsi, la tension automatiquement régulée : Enedis en mesure le niveau en permanence sur différents points du réseau, et quand elle s’approche des limites de la fourchette réglementaire (±10 % de 20 kV), le gestionnaire agit à distance et en temps réel sur l’électronique de puissance réactive (condensateurs ou déphasage des machines tournantes) des parcs de production de renouvelables. « C’est sans conséquence pour les exploitants », précise Gilles Rollet, directeur régional Pays-de-la-Loire d’Enedis.

Économies substantielles à la clé

Autre retombée, l’offre de raccordement “intelligent”, proposée à ces derniers. La convention classique veut que l’on tire une ligne adaptée à la puissance nominale de l’installation. Ainsi, pour le parc vendéen de Chauché (11,7 MW), c’était 10 km pour une facture approchant le million d’euros. La convention de type “intelligent”, que le producteur a choisie demande 600 m de ligne, pour un raccordement sur un poste moyenne tension proche, mais susceptible de ne pas évacuer 100 % de l’énergie produite tous les jours. « Au bout du calcul, ce sont des centaines de milliers d’euros d’économie pour l’investisseur, le type de compromis qui lève une barrière économique souvent rédhibitoire à la réalisation des projets, qui sortent également plus vite car les délais de raccordement diminuent », commente Gilles Rollet. La centrale solaire au sol de Talmont-Saint-Hilaire (8 MW) en a également bénéficié, ainsi que le parc éolien de Paisilier (10 MW, en cours de mise en service). « Nous régulons automatiquement la puissance admise sur le poste, mais d’expérience, c’est une contrainte minime pour le producteur », assure Benoît Helbecque, chef de projet Enedis pour le smart grid Vendée. « Il est vraiment gagnant, tout comme la collectivité. » Enedis attend aujourd’hui l’autorisation officielle du ministère de l’Énergie pour pouvoir proposer ce type de convention qui avait été réservé au périmètre de l’expérimentation vendéenne au niveau national.

« L’ensemble des résultats dépasse nos attentes initiales ! », se réjouit Alain Lebœuf, qui voit la Vendée comme une “petite France” en mesure d’inspirer tout le pays, et même l’Europe. Plusieurs délégations étrangères ont d’ailleurs déjà rendu visite au Sydev. « Nous sommes déterminés à aller au-delà des projets d’industrialisation, par exemple dans l’accompagnement de collectivités intéressées par ces retombées. » Avec un appel explicite déjà formulé à l’endroit des Ligériens et des Bretons…