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Ville marquée par les hydrocarbures, Frontignan se renouvelle

Combat contre ExxonMobil, soutien d’une coopérative qui développe des projets solaires, prix “énergies citoyennes”, centrale photovoltaïque, Frontignan, dans l’Hérault, mise sur l’écologie.

PAR CAROLE RAP - JANVIER 2019
Frontignan sensibilise les jeunes par un atelier de construction d’un véhicule photovoltaïque, organisé avec l’association Les Petits Débrouillards. © Ville de Frontignan, L. Delemotte

En novembre 2018, Frontignan (23 000 habitants) a reçu le prix “énergies citoyennes. Il récompense à la fois « la mobilisation collective pour reconvertir ce territoire » et les actions en faveur des énergies renouvelables. Car cette ville côtière, connue pour ses dépôts d’hydrocarbures, entend soigner son environnement. Son maire socialiste, Pierre Bouldoire, a été élu en 1995 parce qu’il se battait pour préserver un étang menacé par un programme d’extension du port de plaisance.

À la tête de la ville depuis vingt-quatre ans, cet amateur de philosophie et de paysages poursuit sa lutte en faveur de la nature. Ainsi, pendant quinze ans, il engage Frontignan dans un combat juridique contre ExxonMobil. La ville souhaite que le groupe pétrolier américain dépollue les terrains d’une ancienne raffinerie revendus à la ville. Et l’acharnement des élus paie. « La dépollution sera achevée d’ici fin 2022, à un niveau suffisant pour garantir une présence humaine permanente sur le site », souligne le maire. La ville prévoit d’y transférer la gare et d’y créer une zone d’activité dédiée à l’innovation liée aux ressources naturelles.

Centrale photovoltaïque sur une ancienne décharge

En parallèle, Frontignan mise sur les énergies renouvelables. La ville a ainsi choisi le site d’une ancienne décharge publique pour développer une centrale photovoltaïque au sol. Elle a retenu l’entreprise Reden Solar pour porter ce projet d’une puissance de 5 MW. Il produira 7 131 MWh par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 2 000 foyers de quatre personnes. L’avis de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) est attendu en mai, pour une mise en service en 2020. « Reden Solar fait l’investissement de 4 millions d’euros et nous verse un loyer de 90 000 euros par an, dans le cadre d’un bail de 30 ans. 40 % du financement de ce champ pourra être apporté par des citoyens de la ville. Le contrat prévoit aussi un programme pédagogique avec le scolaire et le grand public », précise Pierre Bouldoire.

Les 11 500 modules seront fabriqués dans le Lot-et-Garonne. « Ils seront recyclables, avec une durée de vie très longue et une perte de production de seulement 10 % à vingt ans », assure le maire. Le projet a été pensé pour maximiser les bénéfices écologiques tout au long de sa durée de vie. 

Membre d’une coopérative citoyenne

En 2018, la commune a investi 4 000 euros, soit 40 parts, dans une coopérative citoyenne d’énergies renouvelables, Thau énergies citoyennes. Frontignan s’engage aussi « à regarder toutes les toitures d’établissements municipaux sur lesquels la coopérative pourra poser des panneaux photovoltaïques », indique Pierre Bouldoire. Cet été, l’école des Lavandins accueillera 200 m2 de panneaux (36 kW). Pas de loyer en contrepartie : la ville est coopératrice et recevra sa part des recettes à venir. Depuis 2010, Frontignan organise chaque printemps une semaine européenne du développement durable. En 2019, pour la première fois, elle prévoit en prime un événement autour des énergies renouvelables.