Stratégie

Villes et campagnes, solidaires dans la transition

Le dérèglement climatique n’a pas de frontières, et « il n’y aura pas d’îlot vert(ueux) au milieu d’un océan d’échecs », professe le Cler, auteur d’un rapport sur la collaboration entre territoires vers la transition énergétique.

PAR PATRICK PIRO - DéCEMBRE 2018
Étude nouvelles solidarites urbain rural ©CLER

« Un nombre grandissant de métropoles et de régions prennent des engagements très ambitieux du style “zéro CO2 en 2050”, relate Esther Bailleul, qui a piloté l’étude du Cler (Réseau pour la transition énergétique) intitulée “Nouvelles solidarités urbain-rural. Une condition de la transition énergétique nationale”. Comment peut s’y prendre une collectivité urbaine, généralement peu dotée en énergies ? La nécessité de renforcer les liens avec l’espace rural périphérique s’impose… 

Quelle coopération ?

En schématisant : aux campagnes, le surplus d’énergies renouvelables. Aux villes, la majorité des moyens humains et financiers. L’étude s’est attachée à recenser et caractériser ces “nouvelles solidarités” en expansion. « Elles vont bien au-delà de simples contrats d’achat énergétique », constate l’experte. Elle souligne notamment la richesse de la coopération entre Brest métropole et le Pays Centre-Ouest-Bretagne.

Le Cler dégage ainsi une dizaine de profils de coopérations.

Différents profils

  • La planification partagée. L’agglomération du Grand Narbonne et le parc naturel régional de la Narbonnaise qui la jouxte élaborent ensemble leur stratégie climat-énergie, comprenant le développement de l’éolien et du solaire.
  • Les flux de personnes et la mobilité. Toulouse Métropole et le Pôle d’équilibre territorial et rural Portes de Gascogne ont signé un “contrat de réciprocité ville-campagne” visant entre autres à développer des voies cyclables longue distance avec services pour vélos électriques.
  • Les flux de matière et l’économie circulaire. Dans le Lauragais, le pôle Organic’Vallée de transformation de matière organique (compost, biogaz, bois-énergie, etc.) est majoritairement alimenté en biodéchets par l’agglomération toulousaine, distante de 40 km.
  • La structuration de filière. L’agglomération lyonnaise, qui a fait du bois-énergie un des piliers de sa transition énergétique, soutien Sylv’Acctes, structure qui a pour vocation de faciliter la gestion durable des forêts rhônalpines.
  • La mutualisation d’ingénierie. En Gironde, Bordeaux métropole et le département sont les principaux supports financiers de l’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec), au service de tous les territoires locaux en marche vers la transition énergétique.
  • Les prestations communes. La communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et le parc naturel régional du Vexin français se sont associés pour évaluer le potentiel de méthanisation de leur territoire.
  • Les dispositifs communs d’animation. Le Pays Gâtinais et l’agglomération de Montargis portent ensemble des projets dans le domaine de la transition énergétique notamment.
  • Le co-investissement. La Société d’économie mixte régionale d’Île-de-France énergies facilite les investissements liés à la transition dans les territoires ruraux et urbains.
  • Les circuits courts de l’énergie. La ville de Lorient a signé avec Enercoop un contrat de fourniture d’électricité verte dont une des clauses est destinée à favoriser le développement de nouvelles installations locales de production renouvelable.
  • Le financement citoyen et participatif. Énergie partagée, le fonds citoyen d’investissement dans les énergies renouvelables, veille à collecter dans les bassins de vie locaux (majoritairement urbains) une partie de l’épargne investie dans les centrales à renouvelables (rurales).

En résumé

  • La transition énergétique pour tous impose une solidarité entre territoires ruraux et urbains.
  • Ces coopérations se développent dans des secteurs très variés : achat d’énergie, planification, aménagement, financement, etc.
  • Pilotée par des décideurs locaux, la dynamique de solidarité urbain-rural entraîne dans son sillage des acteurs de nature très diverse, favorisant une dynamique globale de rééquilibrage dont profite notamment la transition énergétique.