Décryptage

La Bretagne construit son avenir

À l’occasion de l’élaboration de son Sraddet, la Région Bretagne a lancé la Breizh Cop
: une grande concertation afin d’encourager chacun à s’engager pour l’environnement. Une démarche unique et délicate.

PAR NOLWENN LE JANNIC - JUIN 2019
Du 3 au 7 juin, la Région a présenté à tous les acteurs impliqués et en présence de Nicolas Hulot, parrain du projet, les Accords de Bretagne pour le climat et la planète. ©Région Bretagne

Comme toutes les régions de France, la Bretagne a l’obligation d’élaborer d’ici la fin de l’année son Sraddet (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires). Mais elle a choisi de le faire dans le cadre d’une démarche originale : la Breizh Cop. Celle-ci s’inspire des Conférences des parties de l’ONU et vise à rassembler tous les acteurs régionaux : territoires, entreprises, monde agricole, associations et citoyens.

L’objectif ? Construire ensemble le futur de la Bretagne et conduire chacun à s’engager pour qu’il se réalise. « Il y a l’urgence environnementale, qui nécessite des transitions, des ruptures et de l’ambition, détaille Thierry Burlot, vice-président de la Région en charge de l’environnement, du climat, de l’eau et de la biodiversité. Et donc l’idée que la Bretagne, même si elle ne sera pas la Région la plus impactée par le changement climatique, doit prendre sa part des accords de Paris, doit elle aussi écrire un récit politique. Ce récit, c’est la Breizh Cop, c’est l’âme du Sraddet. »

38 engagements

Concrètement, la démarche a été initiée fin 2018 avec le vote de 38 engagements à échéance 2040. Parmi ceux-ci : réduire les gaz à effet de serre de 52 % par rapport à 2013 ; multiplier par 5 à 6 la production d’énergie renouvelable ; réduire les consommations d’énergie de 35 % ; faire de la Bretagne la région leader de l’agroécologie et du bien-manger ; tendre vers le zéro phyto ; atteindre le zéro enfouissement et viser le zéro déchet ; mettre un terme à la consommation d’espaces agricoles…

Puis la Région a mobilisé tous les acteurs du territoire afin de soumettre à leur réflexion ces objectifs et pour qu’ils s’engagent sur des actions permettant de les atteindre. En mars, ce sont ainsi les représentants de 12 réseaux économiques qui ont été sollicités ; puis en avril, le monde agricole et les mouvements associatifs. Parallèlement, les citoyens ont pu eux aussi rejoindre la Breizh Cop, à travers un panel de 40 personnes ayant participé à l’élaboration des objectifs, mais aussi lors de consultations citoyennes et sur le site Internet dédié à la démarche.

Réticences et enthousiasme

« Cela a été très dur de mobiliser certains acteurs, retrace Thierry Burlot. Même au sein de l’exécutif, il a fallu faire passer le message que la politique environnementale n’est pas une politique sectorielle mais se retrouve dans tous les domaines. L’engagement du Président de la Région a donc été déterminant. Il n’a pas cédé devant les hésitations des collectivités, dont certaines ont eu du mal à adhérer au projet et ne voulaient pas se voir imposer de contraintes. À l’inverse, il y a une forte mobilisation des agriculteurs et des entreprises par exemple et des choses extraordinaires qui se passent déjà. »

La prise de position de la Région a finalement payé : début juin, la semaine consacrée au bilan de la Breizh Cop à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) a permis de comptabiliser plus de 5 200 engagements ! Et maintenant ? « Nous avons un conseil scientifique qui va mettre en place une méthode de validation de ces engagements, poursuit le vice-président de la Région. Puis notre ambition est de faire connaître le dispositif, de donner envie… et de revoir notre soutien financier. À terme, il faudra ainsi être engagé dans la Breizh Cop pour obtenir des subventions régionales. Pour débloquer des fonds pour la rénovation d’un bourg par exemple, il faudra que la collectivité s’engage sur le zéro phyto. De la même manière, nous ne subventionnerons plus d’extension urbaine ou de nouveaux parcs d’activité, mais nous attribuerons des fonds pour la réhabilitation de friches industrielles. » Toutes ces orientations seront ainsi incluses dans le Sraddet et la Région en assurera le suivi. « C’est un bouleversement de notre politique publique, mais il est nécessaire », conclut Thierry Burlot.