Initiatives

À Marseille, du gaz à partir des eaux usées

Depuis janvier, Suez produit du biométhane via le traitement des boues d’une station d’épuration. 9,2 millions d’euros ont été investis dans cette unité, qui alimente l’équivalent de la consommation de 2 500 foyers. Explications.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - NOVEMBRE 2019
Usine des boues de la station d’épuration de Sormiou, Marseille ©Benjamin Bechet

Comment fonctionne cette unité ?

Depuis une trentaine d’années, la station d’épuration, située dans les calanques de Marseille, traite les eaux usées d’environ 1,8 million d’habitants (200 000 m3 chaque jour). Les boues d’épuration produites sont traitées dans des digesteurs anaérobie et génèrent du biogaz. Une partie de ce biogaz alimente les chaudières internes, mais la surproduction (15 %) était brûlée en torchère. « Une torchère dans ce lieu-là n’était évidemment pas l’idéal. L’objectif était donc de réinjecter le gaz produit sur le réseau, après purification du biogaz en méthane, en s’appuyant sur l’exemple réussi de l’unité Biovalsan à Strasbourg », explique Hervé Madiec, directeur général régional Paca chez Suez, groupe derrière le projet, via un contrat de délégation de service public.

Quelle production ?

« L’unité produit 2,3 millions de Nm3 de biométhane par an, mais est dimensionnée pour atteindre jusqu’à 3,8 millions de Nm3, poursuit Hervé Madiec. Si les prix du gaz sont favorables, quelques modules d’infrastructures pourront ainsi être rajoutés pour produire plus. » Le gaz de ville alimenterait donc, à terme, environ 2 500 foyers (8 000 habitants). L’unité permet de réduire d’un tiers les émissions de CO2 du site.

Quel calendrier et quels travaux ?

Il a fallu un an et demi entre les études préparatoires, à partir d’octobre 2017, et la mise en service, en janvier 2019. Les travaux ont permis de restructurer l’unité de boues, d’installer des équipements membranaires (qui débarrassent le biogaz de sous-produits et impuretés incompatibles avec une injection dans le réseau et élimine le CO2) et des échangeurs thermiques, ainsi que de réhabiliter deux digesteurs sur trois (le dernier le sera en 2020). Une canalisation de gaz de ville était déjà existante à 300 mètres, un raccord pour l’injection était donc nécessaire.

Quel investissement ?

9,2 millions d’euros répartis ainsi : 2,65 par la Métropole Aix-Marseille-Provence, maître d’ouvrage du projet ; 2,38 par Seramm (filiale de Suez) ; 2,52 par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ; 800 000 par la Région Sud et 640 000 euros par l’Ademe Paca.

Marseille : unité de production du biométhane ©Suez

Quels freins a-t-il fallu lever ?

« Nous n’avons pas vraiment rencontré de difficultés, dans la mesure où tous les cofinanceurs ont été très rapidement dans une dynamique forte et conjointe », estime Hervé Madiec. « Il n’y a pas eu de souci d’acceptabilité de la part des habitants, puisque c’est un site déjà existant, il n’y avait pas besoin d’une emprise au sol plus importante et cette unité n’entraîne pas de nuisances olfactives supplémentaires », précise Bernard Vigne, coordinateur du pôle économie circulaire et déchets de l’Ademe Paca, qui a suivi le projet.

Quelles sont les étapes à suivre ?

« Il faut absolument mettre tous les cofinanceurs autour de la table pour travailler à la gouvernance du projet, puis organiser la conduite du projet – nous avons nommé un de nos ingénieurs coordinateur du chantier, pour suivre tous les intervenants –, ne pas faire l’impasse sur la rentabilité. Dans ce cas, nous sommes à un optimum technico-économique, nous n’avons pas fait de pari sur des volumes supplémentaires. Et enfin, s’appuyer sur des techniques, que nous avions déjà », détaille Hervé Madiec.