Stratégie

Comment le territoire de Lorient a développé ses chaufferies bois

Depuis plus de quinze ans, des chaufferies bois voient le jour. Les raisons de ce déploiement ? La gestion du Fonds chaleur par l’agglomération et la création récente d’une Société publique locale, qui peut gérer l’exploitation des installations. Explications.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - FéVRIER 2020
La chaufferie de Locmiquélic utilise 190 tonnes de bois par an et chauffe l’équivalent de 32 logements. Coût : 620 000 euros, dont 365 000 euros de subventions ©DR

Au début des années 2000, la ville de Lorient se lance dans la construction d’une chaufferie bois, d’une puissance de 1.500 kW, pour alimenter la mairie, la piscine, un stade et le Grand théâtre. Ce projet a très vite permis de structurer une filière locale d’approvisionnement en bois. Il provient d’entreprises diverses : des agriculteurs avec du bois bocager, de l’aéroport ou de l’hôpital qui possèdent de nombreux boisements, mais aussi de bois d’opportunité (issu de travaux d’élagage), toujours dans un rayon maximum de 50 km.

« Intéressées par le modèle de Lorient, les collectivités voisines ne parvenaient pas toujours à franchir le pas des chaufferies bois et se posaient des questions : “Qui va livrer le bois ?” “Comment exploiter la chaufferie ?” “Quel personnel ?” “Quels coûts et comment financer l’investissement  ?” », explique Laurent Le Devedec, responsable de l’unité énergies à Lorient Agglomération.

Études financées à 70 %

Un paramètre va changer la donne. L’Ademe délègue, en 2018, à titre expérimental, la gestion du Fonds chaleur (FC) à l’agglomération sous la forme d’un contrat d’objectifs. « Nous avons ainsi pu travailler avec les communes sur des projets, via une trentaine de notes d’opportunité étudiant les faisabilités économiques et techniques. Le déplafonnement du seuil des aides du FC, pour des projets générant une production d’énergie de moins de 100 tep/an, a aussi aidé », poursuit Laurent Le Devedec. Les aides peuvent atteindre 70 % du montant total de l’investissement (études et travaux).

Mais il restait un dernier verrou à faire sauter, celui de l’investissement, qui peut rester trop important pour certaines communes. Après quatre ans de réflexion, une Société publique locale (SPL) a donc été créée l’an passé par la ville de Lorient, Lorient Agglomération, Quimperlé Communauté et quinze autres communes. C’est la première SPL de ce genre en France. Son capital s’élève à 150 000 euros, avec des actions à 500 euros : les petites communes en ont une, les grandes, comme Lorient, qui est actionnaire majoritaire, davantage (151).

Fonctionnement et gouvernance de la SPL. Source : Lorient Agglomération et Ville de Lorient

Maîtrise du prix de la chaleur

« Concrètement, lorsqu’une commune a voté la décision d’investissement dans une chaufferie bois, si elle fait le choix de ne pas porter l’investissement, elle peut faire appel à la SPL, qui l’exploitera et vendra la chaleur à la commune. » Les avantages ? La maîtrise du prix de la chaleur, relativement stable puisque dépendant surtout de la main-d’œuvre, contrairement au prix du gaz, davantage soumis au marché mondial ; pas d’endettement pour les communes et un accompagnement spécialisé. Pour le moment, ce sont principalement des employés de la ville de Lorient qui sont mis à disposition pour la SPL, notamment pour permettre de limiter les coûts, mais, très vite, il devrait y avoir besoin de personnels supplémentaires et la SPL devrait être en capacité de recruter.

En chiffres

2 chaufferies (Lanester et Locmiquélic) avec réseaux de chaleur, déjà réalisées dans le cadre du contrat d’objectifs ; 

9 chaufferies avec réseaux de chaleur, financées actuellement en cours de réalisation pour un investissement total entre 8 et 10 millions d’euros (6 millions d’aides du FC), soit 17 GWh de biomasse consommés (l’équivalent de 1.100 logements chauffés), grâce à 5.000 tonnes de bois par an ;

5 emplois équivalent temps plein créés dans la filière ;

Le contrat dobjectifs du Fonds chaleur prévoit 1 500 tep de chaleur renouvelable sur le territoire en trois ans. Objectif atteint à 98% en février 2020 et au moins 100% à la fin de ce premier contrat en juin 2020. Un nouveau contrat est en cours de discussion avec l’Ademe Bretagne.