Portrait

Conjuguer transition énergétique et patrimoine

Philippe Moutet est responsable énergie, climat et architecture à la Fédération des parcs naturels régionaux de France. Depuis vingt ans, il défend une approche concertée de la transition énergétique pour aller vers l’autonomie tout en préservant le patrimoine.

PAR ANNE-CLAIRE POIRIER - SEPTEMBRE 2019
Philippe Moutet ©DR

Répartis sur l’ensemble du territoire français, les Parcs naturels régionaux (PNR) veillent à la préservation des sites les plus emblématiques de France – des volcans d’Auvergne à la Camargue, du Queyras à la Brière, des bocages aux hautes montagnes… Dans ce contexte, la prise en compte de problématiques aussi prosaïques que celles de l’énergie et du déploiement de projets solaires ou éoliens, à l’esthétique parfois discutée, peut paraître compliquée. « Pas si les projets sont concertés et représentent une opportunité de développer l’économie locale, de mobiliser les habitants ou d‎’améliorer le cadre de vie », répond Philippe Moutet, le monsieur Énergie du réseau de 54 parcs.

Intermédiaire privilégié

Il y a vingt ans, lorsqu‎’il a intégré la Fédération des PNR, en tant que chargé de mission développement économique, la question commençait seulement à émerger et suscitait plus volontiers l‎’inquiétude, et/ou les conflits, que l‎’enthousiasme. « D’un côté, les entreprises nous faisaient remonter leurs inquiétudes quant à l‎’évolution du coût de l’énergie. De l’autre, les territoires nous alertaient sur l’impact paysager d’infrastructures énergétiques comme les lignes à haute tension, mais aussi les premiers projets éoliens terrestres », se souvient-il. Dès les années 2000, la fédération se lance, en partenariat avec l‎’Ademe, dans la mise en place d’un réseau de techniciens énergie-climat. Ils sont aujourd’hui une soixantaine à accompagner tous types de projets de transition – de l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques à la mise en œuvre d‎’un réseau de chaleur alimenté au bois –, et font le lien entre les élus, les citoyens et les acteurs économiques. « Dans les communes rurales, il n‎’y a pas toujours une personne dédiée à ces questions. Le technicien du PNR est donc l‎’intermédiaire privilégié entre les différents interlocuteurs », explique-t-il.

Du conflit à la co-construction

De son côté, il a accompagné pendant vingt ans la montée en compétence des techniciens sur ces sujets, animant le réseau, proposant des formations, anticipant les évolutions. De fait, l‎’appropriation progressive des sujets, également par les élus locaux, a permis d‎’apaiser les débats. « En 2000, quand la question de l’énergie entrait dans les parcs, c‎’était de façon plutôt conflictuelle – pour s‎’opposer à un projet éolien par exemple. Aujourd’hui, on essaie de maximiser les retombées pour le territoire, d‎’ancrer la gouvernance à l’échelle locale, etc. », détaille Philippe Moutet. De façon pro-active, chacun des parcs a formalisé dans sa charte un positionnement sur les énergies renouvelables. Au niveau national, la fédération publie également des «.motions.» sur ces sujets. Elle estime par exemple nécessaire que « l’implication citoyenne dans les projets énergétiques et notamment éolien [ne soit pas] pas réduite à une simple participation symbolique au capital sans aucune liaison avec sa gouvernance ». En ce sens, Philippe Moutet lance un appel aux porteurs de projet.: « Pour garantir la réussite de ces initiatives, nous les appelons à venir très en amont rencontrer les équipes du parc, et à être capables de recomposer leur proposition si besoin. »

LES PARCS EN CHIFFRES

• 54 parcs naturels régionaux, une quinzaine à l’étude.
• Ils couvrent plus de 4 400 communes, soit 15 % du territoire français ;
• comprennent plus de 4 millions d’habitants ;
• emploient 2 200 agents ;
• visent l’autonomie énergétique en 2040.