Décryptage

Covid-19 : quelle gestion des boues d’épandage pendant la crise ?

Face à une éventuelle présence du virus dans les boues, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le ministère de la Transition écologique et solidaire ont publié une circulaire le 2 avril pour encadrer davantage leur traitement. Résumé.

PAR ESTELLE BOUTHELOUP - AVRIL 2020
Une circulaire publiée le 2 avril encadre le traitement des boues dans le contexte de crise sanitaire. © Eau Seine-et-Marne

Peut-on poursuivre l’épandage des boues des stations de traitement des eaux usées (STEU) extraites en pleine épidémie ? La pratique habituelle sur les sols agricoles a suscité des interrogations. D’autant que l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), sollicitée par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le ministère de la Transition écologique et solidaire, a fait état d’« une possible présence d’ARN du Sras-CoV-2 dans les selles ».

La réponse est pourtant oui, mais sous conditions renforcées, comme l’indique la circulaire du 2 avril adressée aux préfets.

Quelles consignes faut-il respecter ?

Selon la circulaire en effet, seules peuvent être épandues les boues de STEU qui ont « fait l’objet d’un traitement d’hygiénisation », à savoir «compostage, séchage thermique, méthanisation, chaulage ». Pour le compostage, les préfets s’assureront que les sites continuent à être alimentés en déchets verts «indispensables au compostage des boues STEU ».

Autre consigne annoncée, le renforcement de « la surveillance du process de traitement » comme «enregistrer le suivi des températures » quand il s’agit d’un process de méthanisation ou de séchage, « l’enregistrement journalier du pH » quand le process recourt au chaulage, ou encore des « températures et des retournements dans le cas du compostage ».

Il faut également veiller à doubler « la fréquence des analyses microbiologiques » pour l’ensemble des traitements.

Enfin, en plus des gestes barrières, il s’agit d’observer les précautions habituelles prises dans le cadre de la gestion et de la valorisation des boues, le virus Sras-CoV-2 ne provoquant « pas de risque additionnel dans la gestion des services d’eau et d’assainissement », selon le Haut conseil de santé publique. Tout problème d’approvisionnement en EPI (équipement de protection individuelle, soit les masques, gels, etc.) devant impérativement être signalé à la préfecture.

Que faire des boues non hygiénisées ?

Comme le rappelle la circulaire, en vertu de l’art. R 211-33 du Code de l’environnement, « lorsqu’une valorisation agricole des boues est prévue, le maître d’ouvrage doit prévoir une solution alternative d’élimination ou de valorisation des boues pour pallier tout empêchement temporaire. » Et dans ce contexte de crise sanitaire, le recours au stockage de boues STEU n’est absolument pas envisageable selon l’Anses, faute de connaître le temps nécessaire au virus pour qu’il soit inactivé.

Alors quelles solutions ? « Une déshydratation et un chaulage sur site », recommande la circulaire, via « des unités mobiles de déshydratation », ou recourir à des transferts (site de compostage, stations de traitement des eaux usées, unités de traitement des boues, installations d’incinération…). Quoi qu’il en soit, le maître d’ouvrage devra informer le préfet des décisions prises.