Le tour de la question
Électricité renouvelable : malgré une bonne année 2025, les inquiétudes grandissent
L’édition 2025 du baromètre de l’électricité renouvelable en France, réalisé par Observ’ER en partenariat avec l’Ademe et la FNCCR, témoigne d’une nouvelle « année record » pour la production d’électricité renouvelable en France, toujours portée par le photovoltaïque. Toutefois, malgré les bons chiffres, les incertitudes sur les trajectoires futures s’accentuent.

« Pour la première fois, la principale filière renouvelable française en termes de capacités installées n’est pas l’hydroélectricité mais le photovoltaïque », indique Vincent Jacques Le Seigneur, président de l’Observatoire des énergies renouvelables (Observ’ER). La filière solaire est en effet en bonne place dans la 16ème édition du Baromètre de l’électricité renouvelable en France qu’a présenté Observ’ER fin janvier, aux côtés de la FNCCR et de l’Ademe, partenaires de la publication. Avec plus de 5 GW raccordés en 2025, le photovoltaïque a représenté à lui seul près des trois quarts des 7 GW qui auront été mis en service l’an passé, là aussi à un niveau record. La part des renouvelables dans la consommation d’électricité française devrait atteindre 32,5 % en 2025, rendant l’objectif de 40 % en 2030 atteignable, une petite révolution pour un pays qui avait systématiquement raté tous ses points de passage depuis 2010. Un « effet cliquet » est désormais engagé, estime Vincent Jacques Le Seigneur : « On ne pourra plus jamais revenir sur ces avancées. » Pourtant, l’heure n’est pas à la fête. D’une part, les autres filières renouvelables électriques n’ont pas connu la même trajectoire puisque l’éolien terrestre a enregistré son plus mauvais millésime depuis plus de dix ans et que l’éolien en mer peine à rattraper les retards accumulés sur ses premiers projets. De son côté, l’hydroélectricité reste cantonnée à la rénovation de l’existant, sans véritables perspectives de nouveaux développements.
Les enjeux de la PPE3
Autre point noir : à quelle dynamique s’attendre pour les années à venir ? Début février 2026, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) est venue fixer les feuilles de route des différentes technologies pour les dix ans à venir. Publié avec plus de deux ans et demi de retard, ce document entérine de nouvelles trajectoires où le photovoltaïque et l’éolien en mer s’affirment comme les piliers de la progression du parc électrique renouvelable français, où l’éolien terrestre devrait rester sur son rythme actuel, sans accélération, et où l’hydroélectricité doit conserver son niveau de production d’énergie tout en modernisant ses sites les plus anciens. Toutefois, pour remplir leur mission, chaque filière devra lever des freins. Pour l’éolien terrestre, le potentiel du repowering devra être débridé. Les acteurs espèrent que les effets de l’évolution récente de la réglementation, qui a relevé la hauteur possible des nouvelles machines sans nécessiter une nouvelle autorisation environnementale, seront rapidement visibles sur le terrain. Pour l’hydroélectricité, une bonne partie des investissements destinés à remplacer les anciennes turbines par de plus performantes est suspendue à l’épineuse question du renouvellement des concessions de 4,5 MW et plus. Une porte de sortie commence à se dessiner sur ce thème, mais de nombreux points restent encore à régler. Enfin, sur l’éolien en mer et le photovoltaïque, le danger pourrait venir de hiatus trop fréquents dans les calendriers des appels d’offres de la CRE, véritable métronome du développement de ces secteurs. Pour les professionnels des filières renouvelables électriques, la voie à suivre est claire : la France dispose aujourd’hui d’une électricité abondante, décarbonée et compétitive ; il faut donc accélérer l’électrification de l’économie pour s’affranchir toujours davantage des énergies fossiles importées. Cet enjeu a également été rappelé par Jérôme Mousset, directeur Bioéconomie et Énergies renouvelables de l’Ademe, lors de la présentation du baromètre : « La stratégie nationale bas carbone (SNBC) fixe un cap clair : à 2050, c’est la neutralité carbone. Or le mix énergétique de la France est encore très carboné et, dans le contexte géopolitique actuel très tendu, il est très important de le décarboner : chaque projet représente davantage d’indépendance énergétique. »
Des dynamiques régionales qui s’affirment
Au-delà du développement des différentes énergies, le baromètre propose également d’observer plus en détail les dynamiques propres à chaque région. Des territoires et des collectivités qui sont également des acteurs importants de la dynamique des renouvelables en France. Un rôle rappelé par Charles-Antoine Gautier, directeur général de la FNCCR : « Nous voulons jouer la carte de l’exemplarité et montrer que l’on peut parvenir à développer de nouveaux projets dans l’intérêt des territoires et des générations futures. » En métropole, cinq régions affichent un taux de couverture de leur consommation électrique par des sources renouvelables supérieur à la moyenne nationale (31,3 % en 2024). Dans ce classement, l’Occitanie arrive en tête avec un niveau de 58,5 %. La région a l’avantage de disposer d’un parc hydraulique conséquent (5,5 GW, deuxième parc en France derrière la région Auvergne-Rhône-Alpes), associé à de solides capacités en photovoltaïque (5 GW, deuxième parc derrière la Nouvelle-Aquitaine) et en éolien (1,8 GW, quatrième parc régional). Dans les départements et régions d’outre-mer, un territoire affiche pour la première fois un taux de 100 % d’électricité renouvelable. Il s’agit de La Réunion, avec la mise en service récente de plusieurs sites fonctionnant à partir de bagasse.


