Portrait

Île-d’Yeu : le maire parie sur les renouvelables

Éolien, photovoltaïque, biomasse, gazéification de boues d’épuration… le maire de L’Île-d’Yeu, en Vendée, veut faire de la commune une pionnière des énergies renouvelables.

PAR GéRALDINE HOUOT - DéCEMBRE 2020
Bruno Noury, maire de L’Île-d’Yeu ©DR

Il est intarissable ! Passionné de technologies et porté par une volonté farouche de rendre L’Île-d’Yeu (Vendée) indépendante vis-à-vis du continent, Bruno Noury pourrait parler des jours entiers des différents projets de production d’énergies renouvelables en cours pour alimenter l’île. Maire depuis 2008 de la commune, qui compte près de 5 000 habitants à l’année, et conseiller départemental depuis 2011, il défend le projet d’éoliennes offshore (62 machines pour 496 MW) porté par Engie au nord de l’île. « Nous avons préféré être acteurs du projet et participer au choix de la zone d’installation des éoliennes plutôt que d’en subir les conséquences », explique-t-il, arguant que le projet est important dans une zone déficitaire en production d’électricité.
Les éoliennes seront ainsi installées sur un plateau où la pêche est rare, le chalutage étant interdit. « Elles ne gâcheront pas non plus l’horizon du large puisque le parc sera en direction de Noirmoutier, avec la première éolienne à 12 km », poursuit le maire, qui voit dans la ferraille et l’enrochement nécessaire à l’installation des machines, un moyen d’attirer de la biodiversité. Désireux de développer des emplois autres que dans les secteurs de la pêche et du tourisme, Bruno Noury se réjouit également de l’installation sur l’île du pôle de maintenance du parc éolien, qui devrait offrir environ 70 équivalents temps plein.

Pas du genre à lâcher l’affaire…

Autre projet, celui d’une centrale photovoltaïque qu’il souhaiterait installer sur un ancien centre d’enfouissement technique fermé en 2010, qui permettrait de couvrir 30.% des besoins en électricité de la commune. Mais le site est classé, comme toute la côte sauvage de l’île, depuis 1995 et l’État lui oppose systématiquement un refus. « Certes il y a une nécessité de protection des paysages, mais il y a aussi une urgence climatique. Ici le site est entouré d’arbres. On ne verrait rien, d’autant que la centrale couvrirait seulement 1,5 hectare sur les 4,5 disponibles », s’emporte le maire. La loi littorale impose en outre de ne pas construire en discontinuité de l’urbanisation existante. La construction de la centrale nécessitant un permis de construire, elle ne peut donc être acceptée. 
Pas du genre à lâcher l’affaire, Bruno Noury poursuit cependant son combat, en espérant faire bouger les lignes, et se nourrit d’autres projets en attendant. La commune a joué le rôle de facilitateur pour une expérimentation de communauté énergétique baptisée Harmon’Yeu, proposée et financée entièrement par Engie, en cours sur l’île depuis mars dernier. Elle rassemble 23 maisons individuelles dont cinq sont équipées de panneaux photovoltaïques pour une puissance totale de 23,7 kW. Une batterie, installée dans un des garages, et les ballons d’eau chaude des participants stockent le surplus d’électricité non consommée. Ce qui ne peut l’être est envoyé sur le réseau. Un logiciel optimise quasiment en temps réel l’équilibre entre la production et la consommation. Les résultats de l’expérimentation permettront à l’opérateur de proposer, probablement dès 2021, une offre d’autoconsommation collective. « Au-delà de mes convictions personnelles, le développement des énergies renouvelables est une ambition pour l’île. Je veux qu’elles dégagent une image de propreté et d’innovation qui rende fiers ses habitants », assure Bruno Noury, enchaînant sur un projet de réseau de chaleur alimenté par la biomasse, un autre de gazéifieur* de boues de station d’épuration pour produire du gaz alimentant une unité de cogénération. Et la liste n’est pas exhaustive.

*La gazéification consiste à transformer une matière solide en gaz, en la soumettant à une très haute température.