Portrait

La Nouvelle-Aquitaine souhaite démocratiser sa transition

Face aux réticences vis-à-vis des projets de transition énergétique, la région travaille sur l’instauration d’un dialogue territorial avec tous les acteurs. Explications avec Françoise Coutant, vice-présidente de la région Nouvelle-Aquitaine, en charge du climat et de la transition énergétique.

PAR ARNAUD WYART - JUILLET 2021
Françoise Coutant, vice-présidente de la région Nouvelle-Aquitaine, en charge du climat et de la transition énergétique. ©A. Gilbert

Comment répondez-vous aux réticences envers les projets dénergie renouvelable à léchelle régionale ?

Des réticences ont toujours existé. C’est le cas pour l’éolien depuis des années et plus récemment pour la méthanisation. Le problème, c’est que les citoyens et les différents acteurs du territoire ne sont pas suffisamment associés dans le développement des projets, y compris pendant les phases de réflexion. Pourtant, ces projets les concernent directement. Aujourd’hui, il est nécessaire que les élus mettent en place, avec le concours des préfectures, les conditions permettant l’instauration d’un véritable dialogue et le développement de projets qui n’incluent pas seulement les énergies renouvelables, mais aussi les économies d’énergie. Nous avons essayé de porter cette idée via la mise en place d’un certain nombre de mesures et d’actions, mais il faut ensuite rester très vigilant et encadrer les initiatives car des dérives sont possibles. À titre d’exemple, je suis favorable aux énergies renouvelables, mais pas au détriment de l’agriculture ou de l’environnement. Il est selon moi plus constructif d’avoir une approche systémique et transversale, d’étudier les bénéfices/risques. Cependant, l’idée d’un projet doit toujours venir du territoire. C’est à celui-ci de prendre en charge son avenir. La région est là pour impulser et accompagner.

Quels types dactions avez-vous menés pour engager ce dialogue territorial ?

La région a lancé dès 2017 une réflexion sur l’appropriation des énergies renouvelables et la définition d’un mix énergétique. Nous avons ensuite émis des préconisations et lancé une expérimentation au Pays basque, avec la création d’un espace pérenne de dialogue territorial. Fin 2020, nous avons également lancé un appel à projets pour le développement d’un hub d’hydrogène, mais en décidant de ne soutenir que de l’hydrogène vert, produit avec de l’électricité éolienne par exemple. Produire de l’hydrogène gris n’aurait pas de sens. D’ailleurs, nous avons estimé qu’il serait plus judicieux d’utiliser uniquement les surplus de production afin qu’une énergie ne serve pas uniquement à en produire une autre. Pour cela, nous avons mené tout un travail en amont avec les acteurs et rédigé une feuille de route. Parallèlement, nous avons initié une réflexion sur l’agrivoltaïsme en étudiant les bénéfices pour les agriculteurs, mais aussi les éventuels impacts sur la biodiversité, les sols, etc. Malgré le lobbying de certains développeurs, je me suis battue pour inclure dans notre SRADDET (1) une règle stipulant que les installations au sol soient déployées de préférence sur des terres déjà artificialisées. Cette volonté était ressortie pendant les concertations. Reste que le travail sur le dialogue territorial est encore au stade expérimental. Il faudrait utiliser celui-ci systématiquement et sur l’ensemble du territoire.

Reste-t-il encore des freins à lever ?

Nous n’avons pas mis tous les moyens permettant d’engager le dialogue territorial à grande échelle. Outre de l’ingénierie, cela nécessite une réelle expertise et celle-ci fait encore défaut. Il est impératif de mettre autour de la table tous les acteurs certes, mais il faut également associer des personnes pour expliquer les enjeux climatiques et les aspects techniques, notamment en matière d’éolien et de méthanisation, domaines pour lesquels circulent beaucoup d’informations fausses ou erronées. De plus, ces experts doivent être objectifs. Actuellement, les réunions publiques sont souvent mises en place par des développeurs et ces derniers ne sont pas vraiment perçus par les citoyens comme étant très impartiaux. De son côté, la région dispose des compétences via un solide réseau de structures et d’indépendants en mesure de participer aux concertations. Toutefois, le dialogue territorial signifie une large remise en cause. Donner la parole aux autres n’est pas forcément quelque chose de naturel.

(1) Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires.

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