Portrait

La sociologie au service de la transition énergétique

Stéphane Chevrier, sociologue à l’agence Mana Factory, accompagne les collectivités notamment sur des projets autour de la transition énergétique. Il les incite à s’interroger sur les usages et les modes de vie.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - JUILLET 2020
Stéphane Chevrier est sociologue et a fondé en 2005 l’agence Mana Factory, dont le siège est à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) ©DR

Stéphane Chevrier est sociologue et a fondé en 2005 l’agence Mana Factory – dont le siège est à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) –, spécialisée dans les enjeux énergétiques. Avec sa collègue Anne-Laure Peyrou, sociologue urbaniste, ils planchent notamment sur les usages de l’énergie à l’échelle des maisons individuelles, des copropriétés, de l’habitat social et des bâtiments publics. « Nous accompagnons des collectivités locales – EPCI, régions, métropoles – à penser les bâtiments neufs ou les rénovations, non pas seulement d’un point de vue technique, mais en prenant en compte aussi les besoins et les modes de vie. En effet, parfois, on se rend compte que les performances énergétiques d’un bâtiment public par exemple, ne sont pas forcément au rendez-vous, simplement parce que les usages n’ont pas été anticipés.», détaille-t-il.

Rénovation groupée et dynamique collective

Le travail de l’agence s’articule la plupart du temps en trois axes : une phase de diagnostic, puis la mise en œuvre d’une stratégie et enfin, selon les projets, d’un programme de sensibilisation. Stéphane Chevrier a notamment participé, en 2019, à un dispositif visant à expérimenter la rénovation groupée dans deux quartiers de Betton et Pacé, dans le cadre d’écoTravo, plateforme de rénovation de l’habitat de Rennes métropole. « Ce sont des quartiers avec des maisons individuelles des années 1970 qui se ressemblent, donc les travaux peuvent être, a priori, mutualisés. Nous avons mené des entretiens avec les habitants pour tenter d’identifier leurs besoins et leurs attentes, puis nous avons créé des groupes de profils sociologiques. » Ainsi, il y a les pionniers, propriétaires des lotissements depuis le début, qui veulent rester vivre dans leurs maisons qui ont besoin de travaux d’amélioration thermique, mais aussi de réassignation des espaces pour pouvoir y vieillir. Les bricoleurs, quant à eux, sont davantage en demande d’aide pour autorénover. « En général, quand on parle de rénovation, on raisonne à l’échelle individuelle. Là, l’idée est de créer une dynamique collective, tout en prenant bien en compte que chacun a des besoins différents, même si les maisons datent de la même époque. » Le programme va se poursuivre avec d’autres acteurs du territoire et certains ménages se sont déjà rassemblés pour lancer des audits énergétiques.

Apprendre à travailler ensemble

Le sociologue planche, en ce moment, sur la rénovation du self d’un lycée rennais et travaille avec les énergéticiens pour analyser d’éventuels gaspillages d’énergie. C’est d’ailleurs l’un des défis : faire travailler ensemble deux professions qui n’en avaient pas l’habitude. « Cela peut être déroutant, pour un profil d’ingénieur, de ne pas avoir avec nous, qui venons des sciences humaines, des réponses précises à un problème en particulier et pour nous, sociologues, de ne pas être, comme cela a pu être le cas auparavant, dans une position de donneurs de leçons, poursuit Stéphane Chevrier. Nous sommes désormais dans un temps où l’on se rend compte que l’on a besoin, sur les questions de transition énergétique, de démarches d’accompagnement et qu’il ne suffit pas de lancer un programme, de donner quelques informations et des subventions pour que cela fonctionne. »