Le tour de la question

Les nouveaux élus sont-ils armés pour la transition énergétique ?

Les nouveaux maires n’ont pas tous les moyens de mener leur transition énergétique. Pour les petites communes rurales, particulièrement concernées, l’idéal est de se faire accompagner.

PAR ARNAUD WYART - JUIN 2020
Après avoir sensibilisé les citoyens et entamé la rénovation énergétique des bâtiments, une commune peut envisager la production d’énergies renouvelables. La ville de Gières a ainsi développé un réseau de chaleur bois dans le cadre du PCAE mené par Grenobles-Alpes-Métropole (budget total : 2,2 millions d’euros, subventionné à 100 %). Celui-ci produira 3 000 MWh à terme ©DR

Dans le contexte des municipales, le réseau national des Alec (agences locales de l’énergie et du climat) recommande aux élus d’engager une série d’actions. Mais selon Pierre Verri, président de l’Alec28 (Grenoble Alpes métropole) et président du réseau, les petites communes ne disposent pas des ressources financières nécessaires et manquent d’information. Il préconise l’application de mesures simples pour sensibiliser les habitants et entamer la rénovation des maisons individuelles, mais pour aller plus loin, un accompagnement est vivement conseillé.

Mettre en œuvre des mesures simples

Pour les petites communes rurales (comme pour les autres), la première étape de la transition énergétique consiste à sensibiliser les citoyens et les acteurs économiques. À ce titre, les élus peuvent se tourner vers l’intercommunalité ou, à défaut, des associations pour obtenir les informations essentielles (chiffres clés, guides pratiques, etc.). Il leur sera ensuite possible d’initier des projets simples et peu coûteux. Il y a quelques années, Pierre Verri, également maire de Gières, a ainsi démarré “le défi des familles à énergie positive”. « Une quinzaine de familles se porte volontaire pour mesurer sa consommation et nous lui apportons des conseils en termes d’usages (éteindre la lumière systématiquement lorsque l’on quitte une pièce, utiliser des lampes basse consommation, ne pas mettre le thermostat à fond, etc.). Au bout d’une saison, nous constatons entre 8 et 18 % d’économies sur les factures. C’est très concret et cela permet aux citoyens de comprendre les enjeux. Récemment, nous avons mis en place “le défi des écoles”, car nous savons qu’en passant par les enfants, nous allons toucher les parents », explique-t-il. Pour inciter à la rénovation énergétique des logements, des solutions simples existent également. Pierre Verri a ainsi proposé d’exonérer de taxe foncière les habitants qui s’engageaient et ceci, pour une durée de cinq ans. Cette exonération, totale ou partielle, est autorisée par la loi et elle permet de multiplier le nombre de propriétaires qui se lancent dans des travaux, tout en profitant à l’économie locale.

Les vertus de l’accompagnement

Pour rénover les bâtiments publics ou produire des énergies renouvelables, en revanche, d’importants investissements et une expertise poussée sont nécessaires. « Tout va dépendra de la dynamique de la ville et de sa taille. Les toutes petites communes n’ont pas les ressources, donc elles doivent compter sur des aides publiques. Il est alors préférable d’appartenir à une communauté de communes, ou mieux, à une métropole. Cela se traduit par un accompagnement financier, mais également par une meilleure information. Au niveau d’une intercommunalité, par exemple, il est possible de réaliser un plan climat-air-énergie », précise Pierre Verri. Dans tous les cas, les petites communes peuvent bénéficier d’un accompagnement via les services d’une Alec (ou d’un syndicat de l’énergie, dont le rôle est similaire). L’adhésion est peu coûteuse et rapidement amortie. « Nous pouvons prendre en charge et encadrer les initiatives prises par les élus. En outre, ces derniers sont conseillés par nos ingénieurs pour réaliser des économies sur leurs bâtiments publics, leurs services techniques, etc. Cela passe également par la formation des personnels ». À titre d’exemple, l’Alec propose une mesure simple et très efficace pour accélérer la rénovation. « Lors d’un achat dans l’ancien, l’Alec va anticiper la vente afin que les acquéreurs prévoient les 20 ou 30 000 euros nécessaires à la rénovation. Pour cela, nous réalisons le diagnostic de performance énergétique et nous guidons les propriétaires. » Dans le meilleur des cas, le retour sur investissement est inférieur à dix ans.