Le tour de la question

Les ressourceries, lieux de transition

Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Le réemploi permet ainsi de réutiliser les objets abandonnés par les propriétaires d’origine. En France, le nombre de ressourceries s’est multiplié ces dernières années.

PAR CHRISTEL LECA - MARS 2021
Donnerie de la déchèterie de Lyon 9e. © CLECA

Sur le site de la déchèterie du 9e arrondissement de Lyon, une des premières “donneries” de la Métropole a été ouverte en novembre 2015. Elles sont 14 aujourd’hui. Ici, tout un chacun peut déposer les objets du quotidien dont il ne se sert plus : écran, téléphone, chaise, vélo, jouet, valise, etc. en état de marche ou réparable. Ils seront transmis à une des associations et entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) partenaires pour être triés, réparés si besoin et redistribués. C’est l’esprit du réemploi solidaire incarné également par 155 “ressourceries” implantées en France et rassemblées dans le Réseau national des ressourceries. « Nous sommes tous des acteurs de la sobriété », explique Martin Bobel, porte-parole du Réseau.

Deux millions de tonnes d’objets et 34 000 emplois

Selon un rapport de 2017 de l’Ademe, la quantité de biens réemployés et réutilisés est estimée à un million de tonnes par an, pour un gisement potentiel de près du double qui a augmenté de 30 % depuis 2014. Les acteurs du réemploi et de la réutilisation représentent plus de 6 700 structures (hors sites internet et petites annonces) et environ 34 000 emplois dont 61 % pour le secteur de l’ESS et 39 % pour le secteur de l’occasion. « Dans le réemploi solidaire, la densité d’emplois est 850 fois plus dense que dans l’enfouissement des déchets, 150 fois plus dense que dans l’incinération, 27 fois plus dense que dans le recyclage, ajoute Martin Bobel. Mais notre approche ne doit pas être pensée de manière uniquement quantitative. Ces lieux associatifs de proximité ne servent pas seulement à créer des emplois ou à sauver des objets. On s’y implique, on y répare soi-même son écran en panne, on troque, on rencontre, on s’écoute, on partage. On y infuse la culture nécessaire pour faire changer les mentalités sur la consommation, préparer les décisions politiques futures, éduquer les gens sur des problématiques environnementales en général. Ce sont des lieux où l’on peut réagir face à la crise. C’est l’enjeu de la multiplication de ce tissu. » Le Réseau revendique un chiffre d’affaires de plus de 12 millions d’euros en 2019, autofinancé à 78 % pour les structures d’emplois pérennes (un tiers des adhérents) et à 34 % pour les Ateliers chantiers d’insertion (60 % des structures).

Un modèle économique à trouver

C’est sur la question du modèle économique que le bât blesse, pour Emeline Baume, première vice-présidente de la Métropole de Lyon, en charge de l’économie et de l’emploi. « Ces lieux sont vertueux au nom du tonnage détourné de l’incinération et de l’enfouissement. Mais les collectivités locales ont de moins en moins de souplesse budgétaire : il faut qu’ils accueillent un public plus large, moins spontanément sensibilisé à ces questions, pour massifier les volumes traités. » La Ville de Lyon mise donc sur des sites nombreux, à un ou deux kilomètres de chaque bassin de vie, où l’on donne, répare, achète de seconde main, mais aussi du neuf écoresponsable. On attirerait ainsi le chaland d’un cartable de seconde main en lui proposant des fournitures scolaires écolos ou l’inverse, par exemple. « C’est une conjonction de moyens qui fera baisser de façon significative les déchets enfouis ou incinérés : indicateur de réparabilité, taxe carbone, plus de réparateurs de proximité, brocantes spécialisées, donneries, ressourceries… » et faire entrer tout un chacun dans le monde de la déconsommation.

Ressourcerie, mode d’emploi

3 000 personnes salariées, 30 940 tonnes de déchets collectés en 2019 (valorisées à 94 %), 1,4 million de clients en 2018 : tels sont les résultats annoncés par le Réseau national des ressourceries. Il propose sur son site un guide méthodologique et accompagne les porteurs de projets, en majorité de statut associatif, mais aussi SCIC ou collectivités territoriales.