Stratégie

L’île d’Ouessant veut atteindre 70 % de renouvelables en 2023

Programme européen, projet Phares porté par un industriel, contrat de transition énergétique : cette ZNI utilise tous les moyens à sa disposition.

PAR CAROLE RAP - SEPTEMBRE 2019
Sabella a prévu de remettre à l’eau son hydrolienne D10 le 1er week-end d’octobre afin de reprendre les expérimentations sur cette énergie renouvelable pour Ouessant. ©Les îles du Ponant

Sur l’île d’Ouessant, 850 habitants permanents, la consommation énergétique dépend à 90 % du fioul qui alimente des groupes électrogènes (environ 6.000-6.500 MWh par an) et quelques rares chaudières de particuliers. Près de 80 % des foyers se chauffent à l’électricité, contresens écologique puisqu’elle provient du fioul, avec de grosses pertes de rendement en route. Zone non interconnectée au réseau (ZNI), Ouessant aimerait atteindre 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Pour l’instant, elle n’en est qu’à 10 %, lorsque l’hydrolienne Sabella D10 de 1 MW tourne. Des panneaux photovoltaïques sur trois bâtiments publics (137 kW) et des batteries lithium-ion de 1 MW complètent le dispositif actuel. Comme étape sur le chemin de l’autonomie, l’île s’est fixée 70 % d’ici 2023. Pour y parvenir, elle mise sur le projet Phares. Porté par l’entreprise Akuo Energy, il intègre deux hydroliennes Sabella D12 de 500 kW chacune, une éolienne de 900 kW, des panneaux solaires pour 500 kW, soit une puissance totale de 2,4 MW assortie de 2 MW de stockage par batterie. La mise en route de Phares est prévue pour 2021. « Pour l’instant nous sommes dans le cadre du programme européen ICE (Intelligent Community Energy), qui se termine en 2021. ICE a notamment financé la remise à l’eau de l’hydrolienne. Nous avons besoin de poursuivre les expérimentations », explique Emilie Gauter, chargée de mission énergie et déchets pour l’association Les îles du Ponant, qui réunit élus et responsables socio-professionnels de 15 îles.

Expérimentations en cours

L’hydrolienne D10 est au cœur des tests. Immergée de juin 2015 à juillet 2016 entre Molène et Ouessant, elle a été sortie de l’eau pendant deux ans, pour des contrôles et des améliorations. Immergée à nouveau en octobre 2018, elle a dû remettre pied à terre en avril dernier suite à un défaut détecté dans le système de refroidissement de la nacelle qui limitait ses conditions d’utilisation. Sabella prévoit son retour à la mer lors du premier week-end d’octobre 2019, si la météo se montre favorable. Elle sera retirée en 2021 pour laisser la place aux deux D12.

En parallèle, Akuo Energy étudie les possibilités d’implantation de l’éolienne et des panneaux solaires. De son côté, EDF SEI, l’opérateur électrique de l’île, expérimente depuis juin 2017, un smartgrid baptisé EMS (Energy Management System). L’objectif est d’optimiser la distribution d’électricité en priorisant les énergies renouvelables, à partir de l’analyse de la production et de la consommation d’énergie.

Les actions de maîtrise de l’énergie ne sont pas négligées : deux programmes de rénovation de l’habitat, lun en partenariat avec l’Anah (Agence nationale de l’habitat) de 2012 à 2017, lautre avec EDF (Rénov’îles, de 2018 à 2021), ont été mis en place pour subventionner certains travaux d’économies d’énergie. « Les collectivités jouent un rôle de facilitateur. Si la commune est motrice, cela facilite les choses pour les porteurs de projets », rappelle Emilie Gauter.

En juillet, Ouessant, Molène et Sein, les trois îles finistériennes de l’association des îles du Ponant, ont été sélectionnées parmi 61 nouveaux territoires engagés dans la démarche des CTE (contrat de transition énergétique). « Cela va nous permettre d’avoir un soutien plus personnalisé de la part de l’État et de la région.», indique la chargée de mission.

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