Initiatives

Près de Marseille, solaire citoyen en vente directe

À Mallemort, la métropole Aix-Marseille-Provence a lancé un appel à manifestation d’intérêt photovoltaïque. Le groupement lauréat a misé sur un modèle ne nécessitant pas d’appel d’offres de la CRE, mettant en place un contrat de gré à gré et faisant participer les citoyens.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - SEPTEMBRE 2020
À La Couronne, près d’Angoulême, CVE a inauguré en 2018 une centrale solaire de 4,1 MW sur une ancienne installation de stockage de déchets. Celle de Mallemort devrait y ressembler. ©CVE

Il y a deux ans, la métropole Aix-Marseille-Provence souhaitait donner une seconde vie à une ancienne installation de stockage de déchets non dangereux, dont elle possédait le terrain, situé sur la commune de Mallemort (Bouches-du-Rhône). Elle lance alors un appel à manifestation d’intérêt (AMI) photovoltaïque. « La volonté, à ce moment-là, était vraiment de mettre en place un projet qui implique les citoyens du territoire », développe Vincent Baggioni, animateur régional Paca d’Énergie partagée. CVE, producteur français d’énergies renouvelables dont le siège est à Marseille, Enercoop, fournisseur d’électricité renouvelable et Énergie partagée, mouvement qui accompagne et finance des projets citoyens, s’associent alors et remportent cet AMI.

Vente directe

Le modèle proposé ? La vente de l’électricité photovoltaïque produite par le parc solaire au sol de Mallemort directement à Enercoop au travers d’un contrat de gré à gré (ou PPA, pour Power Purchase Agreement) sur le long terme, trente ans en l’occurrence. « Cela permet à la fois de ne pas recourir à un appel d’offres de la Commission de la régulation de l’énergie (CRE) et d’assurer une stabilité et une visibilité aux différents acteurs du projet, en se prémunissant notamment d’une volatilité des prix », résume Jérôme Wampack, directeur du développement solaire chez CVE.

S’effacer au profit des citoyens

L’idée de ce projet est aussi d’associer réellement les habitants. « D’habitude, les projets que l’on suit émanent de citoyens, qui viennent nous chercher pour un appui. Là, cela part de la collectivité et le but est maintenant de créer une coopérative d’habitants du coin qui veulent investir. Au début, c’est donc Énergie partagée qui va investir, mais l’objectif est bien qu’ensuite, nous nous effacions au profit de cette coopérative de citoyens locaux », détaille Vincent Baggioni. Différentes réunions d’information et de structuration du groupe sont en cours pour travailler sur les questions juridiques, les statuts. « Le collectif n’étant pas constitué à la base sur un projet auquel il a pensé, ce n’est pas forcément aisé de partir de zéro, mais nous y travaillons avec les habitants motivés. La médiation est très intéressante ! »

Dans l’idéal, il faudrait que la collecte financière auprès des citoyens commence début 2021. « Nous devrions déposer le permis de construire à cette date, puis l’obtenir en fin d’année prochaine. Les travaux pourraient donc commencer début 2022 et la centrale entrer en fonctionnement quelques mois après », poursuit Jérôme Wampack. CVE a déjà mis en service deux centrales solaires (et deux autres sont en cours de réalisation) sur des anciens sites de stockage de déchets. « La difficulté réside notamment dans l’évaluation des tassements de ce type de terrains, qui sont des sites “vivants” qui bougent encore », précise ainsi Jérôme Wampack.

En chiffres
La centrale se déploiera sur 3 hectares pour une puissance de 2,7 MW (équivalant à la consommation d’électricité, hors chauffage, de 4 000 foyers).

Investissement prévu : 2 millions d’euros. Le capital est réparti entre CVE à 65 % et Énergie partagée et la métropole à 35 %.