Portrait

Sensibiliser et replacer les maires au cœur des politiques publiques

Déléguée générale de l’association Eco maires depuis 2008, Maud Lelièvre accompagne les élus dans leur transition. Parallèlement, elle fait peser l’échelon local dans les décisions gouvernementales. Une double activité qui porte ses fruits.

PAR ARNAUD WYART - OCTOBRE 2019
Maud Lelièvre, déléguée générale de l’association Eco Maires depuis 2008 ©DR

Avocate de formation, Maud Lelièvre a toujours multiplié les actions en faveur de l’environnement, aussi bien dans le milieu associatif que dans les cabinets ministériels. Avec Eco Maires, elle travaille d’arrache-pied sur le terrain pour la prise de conscience des élus. «.Parfois, les maires développent des projets clinquants et utiles pour entraîner une partie de la population, mais insuffisants, alors nous les aidons à adopter des politiques plus ambitieuses. Cependant, notre mission consiste surtout à convaincre. Les élus les plus engagés trouveront toujours les ressources nécessaires. En revanche, pour les autres, loin des grandes villes, il est plus difficile de s’imaginer que des changements et des financements sont possibles. C’est avec eux que nous travaillons le plus au quotidien », explique-t-elle. Forte de son ancrage, l’association compte désormais près de 2 000 adhérents. Pour motiver les maires encore réticents, elle met en avant les nombreux projets déjà mis en œuvre localement. « Il faut s’inspirer des bonnes initiatives. Notre travail consiste à démontrer leur efficience et leur faisabilité. Ensuite, nous mettons les maires en contact avec leurs homologues et les services concernés. »

Grenelle de l’environnement : le point de bascule
De plus en plus de maires modifient leur politique, mais cela n’a pas toujours été le cas. Élue verte depuis 2001, Maud Lelièvre a pu constater une opposition historique entre environnement et économie – souvent pour sauvegarder des emplois –, un véritable frein à la transition des territoires. « En France, on a toujours privilégié l’un ou l’autre, sans conciliation, mais désormais, il y a du progrès. J’ai le sentiment que c’est le Grenelle de l’environnement qui a fait bouger les choses. Depuis 2007, une nouvelle tendance a émergé car Alain Juppé a eu l’intelligence de mettre enfin toutes les parties prenantes autour de la table. » Autre facteur du basculement.: la prise de conscience de la population qui, auparavant, aurait pris tout changement comme une contrainte. «.Cela concerne des sujets anecdotiques, mais c’est encourageant. Par exemple, nous travaillons avec l’association sur les déchets textiles. Dans l’absolu, on peut comprendre qu’un jeune ait envie d’acheter un tee-shirt à 1 euro, mais quand on lui explique les tenants et les aboutissants, on s’aperçoit que le discours est entendu. C’est vraiment cela qui a changé. Je l’ai bien vu lorsque j’animais les réunions du grand débat : même des maires non convaincus par la transition s’interrogent sur notre mode de consommation. »

Données et intelligence artificielle : les clés de la transition
En ce qui concerne les outils indispensables à cette transition, Maud Lelièvre est formelle : les collectivités et les maires doivent récolter un maximum de données et s’appuyer sur l’intelligence artificielle. Le concept de smart city n’est donc pas réservé aux grandes villes. Tous les élus peuvent mettre en place des programmes optimisés, comme un plan de mobilité douce ou la gestion d’un parc. « Cela permet de savoir où passent les gens, et à quelle fréquence, pour modifier les plans de circulation. Avec l’application Waze, on peut également créer des zones d’exclusion. En outre, ces nouvelles technologies sont parfois le seul outil efficace. C’est le cas avec le suivi des arbres malades en milieu urbain, particulièrement difficile à mener. » Optimiste quant à l’implication des élus et l’adoption des outils numériques, Maud Lelièvre poursuit néanmoins son travail avec Eco maires auprès du gouvernement (notamment via des groupes de réflexion), afin que l’échelon ultra local, indispensable, soit mieux pris en compte dans les politiques publiques. « Nous avons aujourd’hui une capacité d’influence. Ce que nous questionnons et mettons en avant avec nos maires est pris en compte, même s’il y a des décisions avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. C’est la raison pour laquelle je reste sur les deux fronts. Il faut continuer de rapprocher les points de vue tant que l’on n’aura pas gagné la bataille de la transformation. »

Eco maires 

Créée en 1989, l’association rassemble les maires et les élus investis dans le développement durable. Elle propose des programmes sur l’alimentation, la transition énergétique des territoires, la préservation de la biodiversité et la coopération, mais également des guides, des formations, et elle accompagne concrètement les acteurs en les aidant à monter leurs propres projets.

Contacts : ecomaires.com – contact@ecomaires.com