Portrait

Une vision globale dans un univers atomisé

Docteur en physique nucléaire, défenseuse de la nature et des renouvelables depuis plus de quarante ans, Maryse Arditi fait le pont entre les énergéticiens et les environnementalistes. Pour elle, la transition énergétique est une « révolution sociale » que les citoyens semblent prêts à faire… à condition que les plus « gros consommateurs » montrent l’exemple, à commencer par les collectivités.

PAR FRANCK TURLAN - JUIN 2019
Maryse Arditi. © Franck Turlan

Quand on lui demande d’évaluer la transition énergétique des collectivités, Maryse Arditi ne leur donne pas encore la moyenne. « La plupart n’ont pas encore compris la nécessité d’une vue d’ensemble sur le sujet. Certaines tirent un fil, ici ou là : “Moi, j’éteins l’éclairage public entre minuit et cinq heures.” “Moi, j’autorise un parc éolien”Mais la prise en compte de l’enjeu global, qui passe par la mobilisation de toute la population, seuls quelques pionniers comme Grenoble ou Loos-en-Gohelle y sont parvenus. »

Maryse Arditi fait partie de ces personnes qui relient des univers souvent bien éclatés. Scientifique de formation, naturaliste de cœur et attachée à l’action territoriale, comme en témoigne son passé d’élue régionale, elle agit depuis plus de quarante ans pour la protection de l’environnement et le développement des énergies renouvelables. « La transition énergétique, j’en ai fait sans le savoir », dit-elle en souriant. Sa prise de conscience date de 1973, lorsqu’elle assiste au colloque « Le soleil au service de l’Homme », aux États-Unis. Elle termine alors son doctorat en physique nucléaire à l’université de Berkeley, où elle rejoint un microscopique laboratoire de recherche sur le solaire (thermique) : « Il y avait un étudiant, un demi-chercheur… J’ai dit OK, je fais l’autre moitié ».

Initiatrice de la formation au bioclimatisme

À son retour en France, elle met sur pied la première formation « Solaire et bâtiment » au sein de l’université de Paris-Jussieu, où elle enseigne par ailleurs la physique. Elle va ainsi contribuer à former au bioclimatisme des bataillons de thermiciens et d’architectes, juste au moment où sort la première réglementation thermique française. « Je leur disais qu’ils devaient travailler ensemble avant même le premier trait. » Décloisonner, encore…

Cette expérience, elle la mettra à profit en 2004 quand, sous l’étiquette des Verts associés au socialiste Georges Frêche, elle devient vice-présidente de la Région Languedoc-Roussillon, en charge de la formation professionnelle. Maryse Arditi réunit d’emblée tous les centres de formation pour imaginer avec eux un système de plateforme technique, une par département, où les étudiants comme les artisans reçoivent une formation pratique. Le principe est validé par le label Qualibat, qui envoie les futurs professionnels RGE tâter du chauffe-eau solaire ou du capteur photovoltaïque sur ces outils régionaux. Puis c’est l’Ademe qui reprend le système à son compte et encourage désormais son déploiement au niveau national. Une action concrète, pragmatique, à son image…

Arrivée dans l’Aude en 1981, Maryse Arditi est aussi ancrée dans la défense du milieu naturel, à travers une association locale créée avec son compagnon, Pitch Bloch : Écologie des Corbières et du littoral audois. En pointe contre les projets de bétonisation de la côte méditerranéenne, l’association est aussi un garde-fou face aux industriels des mines d’or de Salsigne ou de l’usine chimique d’Orano (ex-Areva), à Narbonne ; un rôle de vigie reconnu par l’administration.

La voix de l’énergie dans France nature environnement

La qualité de son expertise citoyenne lui donne une place à part dans la “galaxie” des associations environnementales. Maryse Arditi est ainsi sollicitée en 2010 par le réseau France nature environnement (FNE) pour piloter sa branche énergie. « J’ai eu la surprise d’y constater une perte de la culture anti-nucléaire et, au contraire, une montée de l’opposition à l’éolien, notamment sur la question du paysage », raconte-t-elle. Son premier dossier, finalisé avec succès : parvenir à une position de FNE sur l’éolien. « Avec l’énergie, on réintègre tous les sujets environnementaux où nous avons de possibles conflits d’usage : le bois énergie avec le réseau forêt, la méthanisation avec le réseau agriculture, l’éolien avec le réseau biodiversité… On discute et on arrive à prendre une position commune. » Elle dit toutefois sa difficulté à convaincre ses amis défenseurs de l’environnement de développer l’éolien et le solaire alors que, visiblement, ces nouvelles productions ne remettent pas en cause la fin du nucléaire en France.

Pour elle, la transition énergétique va bien au-delà de la question du nucléaire, qu’elle juge pourtant essentielle. « L’enjeu, pour la protection du climat et de la biodiversité, ce n’est pas de produire plus, c’est de réduire nos besoins. Le panel de citoyens au Débat sur l’énergie, en 2013, l’avait bien compris : il s’agit d’une révolution sociale. Et ils se sont dits prêts à relever le défi… À condition que les plus gros consommateurs – l’industrie, les collectivités, l’État – montrent l’exemple. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui. » Son espoir ? Ce qu’elle a décelé lors de la COP21 : la prise de conscience par les collectivités locales et territoriales de leur pouvoir de faire bouger positivement et concrètement les choses, au plus près des citoyens. L’exemple viendra sans doute « d’en bas ».

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