Entretien

Arrêter les éoliennes lors des travaux agricoles

Les labours et moissons attirent les rapaces et quand des éoliennes se trouvent sur une terre cultivée, des collisions entre les oiseaux et les pales pourraient survenir. Pour éviter cela, une collaboration entre agriculteurs et exploitants éoliens est nécessaire. Témoignage de Ludovic Barreau, exploitant agricole dans la Vienne.

PAR CAROLE RAP - DéCEMBRE 2023
Le parc de Saint-Pierre-de-Maillé 3, dans la Vienne, compte huit éoliennes exploitées par Energiter. ©Energiter

Que cultivez-vous sur vos terres ?

Avec mon épouse, nous exploitons 200 hectares sur lesquels nous cultivons de l’orge, du colza, du blé, du maïs, du millet et du tournesol. Nous avons deux éoliennes sur nos terres, via un bail de vingt ans. Elles sont situées à environ 350 mètres l’une de l’autre sur une parcelle de 24 hectares dédiée aux céréales. Elles font partie du parc de Saint-Pierre-de-Maillé 3 qui en compte huit, exploitées par la société Energiter. Sur la parcelle, nous pratiquons une rotation des cultures. Cette année, nous avions prévu du colza, avec un travail du sol début août et des semis mi-août, mais vu les conditions climatiques, nous avons opté pour une culture de printemps (tournesol, maïs, millet ou pois), avec un travail du sol en mars. Quand c’est de l’orge ou du blé, le travail du sol se fait début octobre puis les semis mi-octobre.

Pourquoi les travaux des champs attirent-ils les rapaces ?

Quand nous réalisons une intervention impliquant de travailler le sol, donc de brasser la terre, de petits animaux comme les mulots se retrouvent à la surface. Cela attire les rapaces de type busards ou émouchets, qui viennent pour chasser. Dès qu’ils voient un outil dans un champ, ils tournent autour.

Que faites-vous pour éviter les collisions avec les éoliennes ?

Dès que nous savons quand nous allons intervenir, par exemple pour le travail du sol par déchaumage (enfouissement des résidus de l’ancienne récole, ndlr), le labour, les semis ou la récolte, nous passons un coup de téléphone ou un SMS au service en charge de la biodiversité chez Energiter. Ils arrêtent les éoliennes juste avant les travaux et pendant trois jours. Cela évite qu’un rapace soit attrapé par une pale. Nous pouvons faire jusqu’à trois ou quatre interventions par an. Ce n’est pas toujours facile de prévoir les dates car elles dépendent de la météo. Nous essayons de prévenir deux ou trois jours avant. Mais pour ce qui est de la récolte, c’est pratiquement le jour même.

Une convention entre Energiter et les agriculteurs

Marko Ilicic et Juliette Madec, écologues chez Energiter, expliquent les dessous de la collaboration avec Ludovic Barreau : 

« Les rapaces adorent les travaux agricoles car ceux-ci mettent à jour des galeries de micromammifères. Les oiseaux qui se nourrissent d’insectes et de vers de terre sont aussi attirés. Mais en comportement de chasse, ils sont moins attentifs à leur environnement. Le risque de collision avec les pales est plus fort. La mesure de bridage a été proposée dans l’étude d’impact du parc de Saint-Pierre-de-Maillé 3, où Energiter exploite huit éoliennes Siemens de 3 MW (mises en service en 2017). Reprise dans l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploiter le parc, elle a valeur réglementaire. Cette mesure concerne cinq agriculteurs. Nous leur demandons de nous prévenir assez tôt pour que nous puissions mettre à l’arrêt les éoliennes pendant trois jours, nuits comprises. Cet accord est encadré par une convention que nous signons avec eux. Ils sont donc engagés via ce document.

Mais cela fonctionne sur la base d’un signalement volontaire de leur part, sans contrepartie financière. Ainsi, cette mesure est soumise à des aléas : manque de temps, oubli, message tardif, etc. Un contact étroit est mis en place avec les agriculteurs pour pallier ce problème. Nous savons que des systèmes de surveillance par drone ou par caméras se développent. Pour l’instant, nous n’y avons pas recours mais ils pourraient être envisagés dans les années à venir. En 2023, le bridage agricole pour Saint-Pierre-de-Maillé 3 a concerné onze arrêts d’éolienne pendant trois jours chacun, soit une perte de production d’environ 1 %, qui s’ajoute aux autres bridages et arrêts (acoustique, maintenance, passages d’oiseaux migrateurs, etc.). Chaque éolienne a été arrêtée au moins une fois, et certaines plusieurs fois. Le manque à gagner varie selon le vent et représente plusieurs milliers d’euros chaque année. »

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