Le tour de la question

Biocarburants : la filière colza file à grande vitesse

Pendant trois mois, d’avril à juin 2021, les trains de la ligne SNCF Paris Montparnasse – Granville (dans la Manche, en Normandie) ont roulé au B100, un biocarburant renouvelable issu du colza français, à la place du diesel habituellement utilisé.

PAR AUDE FABRE - JUILLET 2021
Alors que cette première expérimentation en Normandie prend fin, plusieurs discussions sont en cours avec d’autres régions pour utiliser ce biocarburant sur de nouvelles lignes ferroviaires. ©SNCF

Tout a commencé le 29 mars 2018, avec la parution de l’arrêté autorisant le B100 de colza « dans les moteurs à allumage par compression adaptés à ce carburant, faisant partie d’une flotte professionnelle de véhicules disposant d’une logistique d’approvisionnement spécifique ». Cette utilisation ouvre droit à des avantages fiscaux tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Dès 2019, la phase de tests pilotée par Terres Univia (l’interprofession des huiles et des protéines végétales) débute. Avec l’appui de l’ingénierie du matériel de la SNCF, les tests visent à mesurer les impacts de l’utilisation du B100 de colza sur le moteur des dernières générations de TER. Expérimentation réussie qui a validé l’adaptation du B100 à un moteur ferroviaire, tout en prouvant les avantages environnementaux. Selon l’Ademe, une réduction de 60 % des émissions des gaz à effet de serre, du champ au rail, comparé au gazole fossile, a été observée. Terres Univia a aussi noté une réduction de 15 % des émissions d’oxydes d’azote ainsi qu’une baisse de 45 % de la masse de particules émises, en comparaison avec le gazole standard. Ces résultats s’expliquent par la composition du B100 constituée à 100 % d’esters méthyliques d’acides gras d’huile végétale.
La deuxième étape a été de mettre en œuvre à grande échelle cette nouvelle utilisation du B100 après une phase d’évaluation technique et environnementale pilotée par Terres Univia, en collaboration avec l’Institut français du pétrole énergies nouvelles (IFPEN) et en partenariat avec SNCF. Opération réussie également qui a permis le lancement de la ligne SNCF Paris Montparnasse – Granville (Manche) avec des trains qui roulent au B100.
« Après l’expérimentation qui se termine fin juin, un bilan notamment sur la consommation et la maintenance des moteurs ayant fonctionné avec du B100 est prévu, mais d’ores et déjà des discussions sont en cours avec d’autres régions pour utiliser ce biocarburant sur de nouvelles lignes, note Françoise Labalette, responsable du pôle Amont chez Terres Univia. Le B100 représente une opportunité environnementale rapide à mettre en œuvre dans le contexte d’urgence climatique. Son utilisation entre dans les politiques de transition énergétique des entreprises. »

Un débouché sécurisé supplémentaire

Outre les avantages fiscaux et écologiques, s’ajoutent deux intérêts agroéconomiques au développement du B100 dans le transport ferroviaire : un débouché supplémentaire et sécurisé pour la filière colza (1) qui connaît une baisse des surfaces depuis quelques années. Selon le ministère de l’Agriculture, la surface totale est estimée, en 2021, à 989 milliers d’hectares : elle diminue de 11,2 % sur un an et de 27,1 % par rapport à la moyenne quinquennale 2016-2020. En cause : les aléas climatiques, mais aussi la lutte de plus en plus difficile contre les ravageurs. Enfin, Terres Univia souligne le rôle essentiel du B100 issu du colza (plante mellifère vitale pour les insectes pollinisateurs) pour la survie et la préservation des abeilles dans nos territoires. « Le B100 est utilisé pour les trains, mais également pour les flottes captives de camions et de bus, et c’est même aujourd’hui le principal développement, précise Françoise Labalette. Ces progressions contribuent à sécuriser le marché des grains issus de la production française, il s’agit d’un nouveau marché prometteur pour les agriculteurs. »

(1) La filière colza compte, en France, 110 000 agriculteurs, 6 acteurs agro-industriels, 10 usines et 20.000 emplois non délocalisables.

C’est reparti pour trois mois

De juillet à septembre, le B100 sera aussi utilisé sur le trafic ferroviaire généré par Saipol pour le transport d’huiles végétales et d’énergies renouvelables sur les lignes reliant Nogent-sur-Seine (Aube) et Dunkerque (Nord), ainsi que Nogent-sur-Seine et Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). Une convention d’expérimentation a été signée entre Europorte, la filiale de fret de Getlink, et Saipol, filiale du groupe Avril (acteur industriel et financier de la filière des huiles et protéines), pour substituer le gazole non routier. Dans le cadre d’un parcours expérimental estimé à 1.500 km par semaine, ce sont 35 tonnes de CO2 qui seront évitées. Si le test s’avère concluant, Europorte pourrait s’engager avec le carburant B100 à réduire l’empreinte carbone d’environ 2 500 tonnes de gaz à effet de serre.

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