Le tour de la question

Breizh bocage accompagne les agriculteurs dans la gestion des haies

Depuis 2007, ce programme breton destiné aux collectivités vise à améliorer le maillage bocager. Récemment, un travail s’est mis en place sur la bonne gestion des haies en vue de l’utilisation en bois énergie. Explications.

PAR CLAIRE BAUDIFFIER - OCTOBRE 2020
90 % des haies plantées ont eu un effet bénéfique sur la qualité de l’eau. Les transferts particulaires sont limités et le cycle de l’eau est rallongé. ©Frédéric Henry

En 2007, sous l’impulsion de la préfecture de région et dans le cadre du programme de développement rural, la Bretagne a mis en place Breizh bocage. « Dans la décennie qui a précédé, le bocage avait régressé de 12 % alors que c’est un outil indispensable pour toutes les opérations de reconquête de qualité de l’eau », explique Pascal Renault, chargé des politiques agri-environnementales à la Région. En cause notamment : le vieillissement des arbres, l’agrandissement des parcelles et l’absence d’entretien. Le premier programme est mis en place jusqu’en 2014, puis un autre est instauré sur la période 2014-2020. Il sera reconduit jusqu’en 2027. Les collectivités territoriales – EPCI et syndicats de bassins versants – assurent sa maîtrise d’ouvrage et l’Europe, la Région, l’agence de l’eau et les départements les soutiennent sur l’animation et les travaux. Sur 42 territoires – couvrant 90 % de la surface de la région –, des animateurs (dédiés à cette thématique, ou travaillant aussi sur d’autres problématiques autour de l’eau) ont été recrutés par les collectivités pour animer le programme et aller à la rencontre des agriculteurs.

Qualité de l’eau et brise-vent

« Si dans un premier temps, il leur a fallu être assez persuasifs, ce sont désormais les agriculteurs qui se rapprochent spontanément des collectivités pour en savoir plus sur le programme », poursuit Pascal Renault. Ils sont accompagnés sur le choix des essences, les travaux de plantation, les constructions de talus sur une durée maximum de trois ans après plantation. Et le résultat est là : 90 % des haies plantées ont eu un effet bénéfique sur la qualité de l’eau. « Les transferts particulaires sont limités, le cycle de l’eau est rallongé… Par ailleurs, l’effet brise-vent des haies est très intéressant pour les animaux et les cultures puisqu’il crée un microclimat », précise Pascal Renault. Le deuxième programme, depuis 2014, est davantage axé sur les fonctionnalités du bocage dans des logiques transversales, notamment pour une valorisation du bois. « On a vu apparaître une sensibilité des collectivités et des agriculteurs sur ces questions-là. Ainsi, la région Bretagne a participé à la mise en place du Label haies, lancé au niveau national par des agriculteurs directement, via l’Afac Agroforesteries. Si on veut booster la filière bois locale, il est absolument nécessaire d’adopter de bonnes pratiques de gestion de bocage, au risque sinon de se retrouver avec des coupes rases pour répondre à un marché comme on a malheureusement pu le voir », poursuit-il. Ainsi, le territoire de Lannion Trégor communauté commence à expérimenter la mise en place de ce label. « L’objectif est de former les agriculteurs planteurs à respecter les cycles d’intervention sur l’arbre, à travailler sur les techniques de coupe garantissant la reprise végétale. L’idée est de produire du bois énergie en garantissant une ressource renouvelée et un maintien des paysages bocagers. »

Breizh bocage en chiffres

Entre 2008 et 2015, des haies ont été plantées sur 2 500 km ;
entre 2015 et 2020, sur 1 800 km, par 3 800 agriculteurs. Le linéaire de bocage total à la fin de cette période n’est pas connu, mais il continuerait de régresser, même si moins rapidement.

42 postes équivalent temps plein recrutés pour animer le programme dans les collectivités.
20 millions d’euros de budget sur chaque période. Les collectivités sont aidées à hauteur de 70 à 80 % des investissements par le Feader, l’agence de l’eau Loire-Bretagne, la Région et les conseils départementaux. Gratuité pour les agriculteurs, sauf dans certaines collectivités qui demandent une participation.