Retour d'expérience

Des effluents et des biodéchets dans le méthaniseur

10 000 tonnes d’effluents et 7000 tonnes de déchets de cantines et d’industries agro-alimentaires alimentent un méthaniseur géré par des agriculteurs dans les monts du Lyonnais.

PAR AUDE FABRE - JUIN 2020
« La diversité des intrants nous permet d’être résilients, mais traiter des biodéchets ou des effluents, ce n’est pas le même métier ! » Aloïs Klein, agriculteur. ©Aloïs Klein

Aloïs Klein est l’un des douze éleveurs bovins exploitants six fermes entre Lyon et Saint-Étienne à l’origine du projet. « Nous avions déjà l’habitude de travailler ensemble et avions déjà investi en commun, se souvient-il. Nous réfléchissions depuis 2012 à valoriser les effluents produits sur nos six exploitations et à créer de la valeur. » Au total, ils élèvent environ 500 vaches laitières et 300 à 400 génisses, qui produisent 10 000 tonnes d’effluents par an, deux tiers de lisier et un tiers de fumier. « L’idée de créer une unité de méthanisation est née naturellement », souligne-t-il.
En amont, le Syndicat intercommunautaire des monts du Lyonnais (Simoly) avait évalué les gisements qui pouvaient être méthanisés sur les 34 communes de son territoire. En ajoutant les volumes dénichés par la prospection des agriculteurs jusqu’à 80 km autour de leurs exploitations, 7 000 tonnes de biodéchets annuels, issus des restes de cantines et d’industries agro-alimentaires, ont été recensés.
En janvier 2019, la mise en charge de l’unité de méthanisation de la SAS Méthamoly (lire encadré) a donc débuté à Saint-Denis-sur-Coise, dans la Loire. « La diversité des types d’intrants nous permet d’être résilients, mais collecter et traiter des effluents ou des biodéchets, ce n’est pas du tout le même métier, souligne Aloïs Klein. La réglementation est différente. Si les effluents entrent directement dans le méthaniseur, les biodéchets doivent d’abord être hygiénisés à 70 °C pendant une heure. Un suivi microbiologique strict et régulier doit aussi être réalisé pour s’assurer de la qualité des biodéchets. »

Travailler avec les collecteurs locaux

La SAS Méthamoly travaille avec différents collecteurs de biodéchets déjà en place : Suez, Ecovalim, Leledy Compost… « Nous avons pris le temps de comprendre le fonctionnement de cette filière. Le but, ce n’était pas de déstabiliser les acteurs locaux, mais de leur offrir un nouvel exutoire. Par ailleurs, méthaniser localement les biodéchets dans des filières vertueuses avec un retour à la terre du digestat leur a permis de donner plus de sens à leurs actions. »
Un système qui fonctionne bien puisque l’injection dans le réseau GRDF de 125 m3/h de biométhane en mars 2019 devrait être augmentée à 150 m3/h d’ici la fin 2020. De quoi alimenter les besoins en chauffage de 1 500 foyers.

Un projet à 6,5 millions d’euros

Les douze agriculteurs à l’origine du projet sont majoritaires dans la SAS Méthamoly avec 51 % du capital. « Le restant se divise à parts égales entre le fonds d’investissement participatif Énergie partagée, les collectivités à travers la société d’économie mixte Soleil, le Fonds régional Oser pour développer les énergies renouvelables en Rhône-Alpes, et Engie », explique Aloïs Klein.
En 2017, la levée de fonds est finalisée. Le coût du projet, qui s’élève à 6,5 millions d’euros, est assumé à 75 % par des prêts bancaires auprès du Crédit agricole, à 12 % par des subventions de l’Ademe et de la région Rhône-Alpes, et le reste par les fonds propres des associés.