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Des millions débloqués pour hygiéniser les boues

Pour limiter la propagation du Covid-19, les eaux usées issues de stations d’épuration doivent subir une hygiénisation avant d’être épandues sur les sols agricoles. Les six agences de l’eau se mobilisent pour financer cette opération.

PAR AUDE FABRE - JUIN 2020
Des subventions exceptionnelles de 30 à 80 % des coûts des filières alternatives pour traiter les boues de stations d’épuration sont octroyées. ©Agence de l’eau Seine Normandie

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait recommandé début avril une hygiénisation préalable à l’épandage agricole des boues produites durant l’épidémie de Covid-19. L’objectif est de prévenir le risque de contamination. S’est ensuivie la décision du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation et du ministère de la Transition écologique et solidaire d’interdire l’épandage des boues sans traitement préalable. Pour être considérées comme hygiénisées, les boues doivent avoir été chaulées, séchées thermiquement, compostées ou méthanisées. Pour soutenir les collectivités et les entreprises face à ces opérations coûteuses (ou pour leur permettre de transporter des boues vers des sites équipés), les agences de l’eau ont voté des aides d’urgence.

Dotations exceptionnelles

Le bassin Seine-Normandie accorde une subvention de 80 % pour des dépenses supérieures à 3500 € TTC. « 800 stations d’épuration sont potentiellement concernées », compte l’agence. Une dotation de 10 millions d’euros (M€) est mobilisée pour ce bassin.
L’agence de l’eau Adour-Garonne mobilise une première dotation exceptionnelle de 2 M€ pour une prise en charge à un taux maximal de 50 % des surcoûts d’épandage. D’autres mesures sont à l’étude.
L’agence Rhône-Méditerranée-Corse versera une aide forfaitaire exceptionnelle au bénéfice des services d’assainissement qui permettra de « compenser un doublement du prix de l’épandage ». Cela concerne plus de 500 stations d’épuration dans le bassin.
Le bassin Rhin-Meuse a voté une enveloppe de 6 M€ pour les collectivités et industriels avec un taux d’aide de 50 % des coûts des filières alternatives.
Des aides pouvant aller jusqu’à 80 % concernant la recherche et le test de solutions techniques pour le traitement de l’ensemble de boues non hygiénisées ont également été adoptées.
Des aides devraient être adoptées dans le bassin Loire-Bretagne le 2 juillet pour financer à un taux de 30 % (porté à 40 % en zone de revitalisation rurale), des frais exceptionnels de traitement des boues ou leur transport vers un site de traitement. Une aide, en 2020 et 2021, à un taux maximal de 50 % (porté à 60 % dans les zones de revitalisation rurale) devrait être octroyée à des solutions de stockage supplémentaires, à des équipements de déshydratation, de chaulage ainsi qu’à des aménagements des stations d’épuration.
Les aides dans le bassin Artois-Picardie sont proposées sous la forme de forfaits : 10 €/m3 pour le transport, 45€/m3 pour le traitement sur site pour les collectivités, et 30 €/m3 couvrant le transport et le dépotage pour les vidangeurs agréés.

70 % des boues sont épandues

Plus de 70% des boues issues des stations de traitement des eaux usées sont utilisées en agriculture. L’épandage de ces boues permet d’apporter aux sols de la matière organique et des éléments fertilisants comme de l’azote et du phosphore.
Selon l’Anses, les procédés d’hygiénisation sont efficaces contre la propagation du virus grâce à la durée des traitements, aux effets thermiques ou conduisant à une montée en température (digestion ou compostage de la matière organique par des bactéries) et à la modification du pH pour le chaulage.