Stratégie

Des moutons sous les panneaux photovoltaïques

Neoen, développeur-exploitant de centrales solaires, et les éleveurs ovins travaillent ensemble pour concilier activité photovoltaïque et pâturage. Trois sites sont déjà à l’étude dans le cadre d’une expérimentation.

PAR AUDE FABRE - SEPTEMBRE 2019
Un exemple de cette pratique avec le site Torreilles (66) ©Neoen

« Depuis longtemps, nos parcs solaires sont entretenus par des moutons, mais là, nous voulions aller plus loin en créant de véritables synergies sur le long terme », explique Claire Dutilleul, chef de projet chez Neoen, qui s’est rapprochée de la Fédération nationale ovine (FNO) dès 2017. Une prise de contact qui a permis de lever les craintes de la profession agricole liées à l’artificialisation des terres, et qui s’est soldée en 2018 par le lancement d’une expérimentation afin de définir un cadre technique, économique et juridique précis aux futurs projets. « Pour les éleveurs, l’entretien ovin de parcs solaires offre une diversification de revenus alors que la filière connaît des difficultés, note Audrey Désormeaux, chargée de mission à la FNO. Par ailleurs, Neoen s’engage à remettre en état les friches pour être pâturées. Ces deux points forts peuvent permettre d’installer des jeunes, mais aussi de donner des perspectives aux cédants qui transmettent ainsi plus facilement leur exploitation. »

Sous surveillance rapprochée

Dans le cadre de cette expérimentation, un comité de suivi devrait être mis en place, avec les éleveurs, la FNO, Neoen, la chambre d’agriculture et l’Institut de l’élevage. Le but : suivre de près la production fourragère de la parcelle, l’évolution des espèces présentes, le bien-être des animaux (ombrage l’été, protection l’hiver), la production d’électricité, évaluer le temps supplémentaire à l’éleveur pour fignoler l’entretien ou déplacer les animaux… Pour Neoen, « ces retours d’expériences permettront de mieux connaître l’impact de ces équipements solaires sur les pâturages et les animaux, et de pouvoir les développer sur de nouvelles parcelles.», précise Claire Dutilleul.

Premier permis avant la fin 2019 

Concrètement, trois sites ont été identifiés dans le Tarn-et-Garonne, la Haute-Vienne et le Lot. Ce dernier présente le projet le plus avancé avec 60 hectares à l’étude pour, sûrement, une vingtaine retenue au final. Le dépôt du permis de construire est envisagé avant la fin de l’année. « Les sites doivent répondre à plusieurs critères, précise Audrey Désormeaux, ce qui explique cette différence entre la surface à l’étude et celle retenue.: ils doivent être à faible potentiel agricole pour ne pas impacter la production ni le prix du foncier, la surface sélectionnée ne doit pas dépasser un tiers de la surface totale de l’exploitation, idem pour le revenu, afin de ne pas créer de phénomène d’aubaine. » Pour Neoen, le site doit être bien exposé avec une pente acceptable et peu d’enjeux écologiques, sans être loin d’une zone de raccordement électrique.

Un contrat tripartite

Neoen reste propriétaire de la centrale et loue le terrain pour trente ans environ. Un contrat entre le développeur, le propriétaire de la parcelle et l’éleveur est signé. L’éleveur s’engage notamment à entretenir la surface, Neoen le rémunère pour cette prestation et s’engage à maintenir la production fourragère, ainsi qu’au resemis d’espèces si besoin.