Stratégie

Énergies renouvelables : quand les coopératives agricoles se lancent

En Rhône-Alpes, Oxyane accompagne les agriculteurs dans leurs projets de méthanisation et photovoltaïques depuis deux ans.

PAR AUDE FABRE - JUILLET 2020
Le groupe coopératif a mis en place des essais sur les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) afin de créer des références sur la région ©Oxyane

Née de la fusion des coopératives Dauphinoise et Terre d’Alliances, Oxyane souhaite répondre aux objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie ainsi qu’aux besoins de leurs adhérents qui cherchent à diversifier leurs revenus. « D’après le Schéma biomasse réalisé par la région, les gisements en Auvergne-Rhône-Alpes sont à 92 % d’origine agricole, explique Ugo Batel, responsable Énergies renouvelables pour Oxyane depuis 2018. Les agriculteurs doivent se positionner pour ne pas passer à côté de l’opportunité que représente la transition énergétique. Opportunité en termes économiques, mais aussi en termes de verdissement de l’image de l’agriculture et d’engagement sur le territoire. »

Stratégie filières

Côté production agricole, Oxyane a une stratégie filière importante pour se démarquer des autres débouchés et apporter de la valeur ajoutée à ses adhérents. Elle développe l’agriculture biologique, le blé à haute valeur environnementale (HVE), le Label rouge, le blé labellisé culture raisonnée contrôlée (CRC), et bien d’autres filières, avec des cahiers des charges précis, notamment en termes de fertilisation. « Le recours au digestat permet de réduire celui aux engrais de synthèse, polluants et consommateurs d’énergie, souligne Ugo Batel. C’est un gain économique et environnemental pour l’agriculteur. » Par ailleurs, l’engrais organique permet d’améliorer la structure et la vie du sol, mais pour répondre aux exigences des clients sur ces filières, les boues industrielles et de station d’épuration sont proscrites pour alimenter le digesteur.

Six projets lancés

Sur 30 projets de méthanisation étudiés, 6 sont lancés. D’autres sont en cours de réflexion ; deux à trois ans sont nécessaires entre l’étude d’opportunités et la fin du chantier. Deux unités sont en cogénération et 4 en injection de gaz dans le réseau GRDF (avec des investissements de 1,2 à 4,5 millions d’euros). « Souvent, une seule exploitation n’a pas assez d’intrants pour alimenter le méthaniseur et nous déconseillons de dépendre des achats extérieurs au vu du développement des unités et du risque de volatilité du prix de ces intrants, précise Ugo Batel. Nous encourageons plutôt les agriculteurs à s’associer pour être autonomes. Le groupe coopératif, en cas de besoin, peut venir en appui du gisement en apportant des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) produites et collectées auprès de nos adhérents. » Côté photovoltaïque, 400 agriculteurs ont été accompagnés pour monter l’équivalent de 3 hectares de centrales sur des bâtiments agricoles neufs ou existants. 

Un accompagnement à la carte

Ugo Batel, responsable Énergies renouvelables pour Oxyane depuis 2018 ©Oxyane

« Quand un agriculteur nous contacte pour un projet de méthanisation, je le rencontre pour réaliser une étude d’opportunité : recensement des intrants, assolement, valorisation du digestat, cogénération ou injection… Si le projet est viable, le porteur de projet doit lancer une étude de faisabilité avec un bureau d’étude indépendant qui travaille sur les aspects juridiques, techniques et économiques. Nous travaillons également avec lui pour les aspects agricoles. Nous l’accompagnons ensuite dans le montage de dossier auprès des financeurs (Ademe, région, banques) et pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage avec le bureau d’étude (mise en concurrence des constructeurs…) jusqu’au chantier de construction. »