Décryptage
Favoriser l’acceptabilité des projets d’énergie renouvelable
Un accord européen a été signé par des acteurs de l’éolien et du solaire, des collectivités locales, la société civile et des communautés énergétiques en faveur d’un développement plus rapide et plus juste des énergies renouvelables. Il établit cinq principes clés à respecter par les développeurs et les collectivités. Une première étape avant l’instauration d’un cadre juridique communautaire.

L’accord a été signé au premier semestre 2025 dans le cadre de l’initiative européenne Fast & Fair Renewables and Grids, qui rassemble des parties prenantes, telles que SolarPower Europe, Wind Europe, le Climate Action Network Europe, EnergyCities, etc., et doit notamment permettre de faciliter « la désirabilité » des énergies renouvelables. En effet, il existe parfois au niveau local une opposition du grand public qui freine leur développement. Les projets éoliens terrestres sont d’ailleurs les plus concernés. « Cette opposition est instrumentalisée par des groupes de pression, mais on constate également des préoccupations légitimes, surtout lorsque les territoires sont trop impactés par rapport aux retombées », explique Étienne Charbit, responsable de projets Europe au sein du réseau Cler.
Cinq principes
Afin de dépasser cette opposition, l’accord repose sur cinq principes.
– L’influence locale, c’est-à-dire tout ce qui peut favoriser la participation et l’implication des citoyens dans les différentes étapes d’un projet (concertation, consultations publiques, etc.).
– La valeur (lire encadré). « L’idée consiste à faire en sorte que la valeur des projets, notamment les bénéfices, soit mieux partagée au niveau local. C’est un levier très important pour favoriser la désirabilité des projets, d’autant plus que les oppositions sont aussi liées aux mauvaises pratiques », assure Étienne Charbit.
– La transparence, c’est-à-dire une communication auprès des citoyens et des communautés locales au sujet des bénéfices, des impacts, etc.
– La prise en compte des enjeux de biodiversité, avec la mise en œuvre du principe ERC (éviter, réduire, compenser).
– Le renforcement des communautés énergétiques. « Les communautés énergétiques constituent la bonne pratique par essence, mais elles sont encore limitées en nombre. »
Une boussole pour les futurs projets
Selon le réseau Cler, cet accord européen est une étape importante. Il permet de sensibiliser les développeurs et de construire un véritable engagement de leur part. Pour ce faire, de nombreuses discussions et des échanges ont eu lieu entre les différents acteurs. « L’intérêt est d’avoir impliqué les développeurs pour qu’eux-mêmes intègrent les principes et les bonnes pratiques dans leur activité. Le rapport du Climate Action Network Europe [en anglais ndlr] a défini des indicateurs clés de performance qui doivent les aider à juger leur manière de développer les projets et à savoir s’ils sont en ligne avec ces principes [un article du réseau Cler inclut une traduction de la partie concernant la France, ndlr] », indique Étienne Charbit.
Pour les élus locaux, l’accord constitue un outil de réflexion et de discussion très utile. Concernant les développeurs, il est une contrainte économique, certes, mais il doit également leur permettre d’accélérer la mise en œuvre des projets, par exemple en limitant les recours. Toutefois, la démarche repose sur le volontarisme. « Il manque un cadre juridique au niveau européen. L’accord vise à amorcer la pompe, mais il faut aller plus loin. La Commission européenne et les États membres doivent se saisir du sujet », affirme Étienne Charbit.
Le réseau Cler recommande l’établissement de normes communes, via l’introduction d’un cadre de critères clairs et concrets, dans le but de promouvoir la cohérence et de maintenir des conditions de concurrence équitables dans l’ensemble de l’UE. « Des mécanismes de partage de la valeur respectant certains critères pourraient être systématiquement intégrés dans les projets, par exemple. »
Le partage de la valeur
Selon le réseau Cler, le partage de la valeur est essentiel, d’autant qu’il bénéficie aux acteurs locaux et notamment aux collectivités. Pour cela, les mécanismes de partage doivent néanmoins répondre à quatre principes qui rejoignent ceux de l’accord européen : transparence (consultation et engagement précoces des acteurs locaux, suivi des projets, reporting et gouvernance solide), pertinence (mise en œuvre de mesures adaptées aux besoins locaux), bénéfices tangibles (additionnels avec ce qui existe déjà et proportionnés aux impacts du projet) et équité (juste partage entre les différentes communautés locales, notamment les ménages vulnérables).
Par ailleurs, le réseau Cler demande l’intégration d’un train de mesures dans le Citizens Energy Package, qui doit être publié début 2026 par la Commission européenne, pour développer l’énergie citoyenne et favoriser la participation des habitants dans les projets.


