Entretien
Filière francilienne de méthanisation : un potentiel de 10 à 15 % de hausse de production
Melisa Amara, chargée d’études Énergie biomasse pour l’Agence régionale énergie-climat (Arec) dresse un bilan des installations de méthanisation en Île-de-France et donne des pistes pour augmenter leur capacité de production.

Quel est l’état du parc francilien des unités de méthanisation au 1er janvier 2025 ?
Melisa Amara : Nous comptons 71 unités de méthanisation en fonctionnement, dont 49 agricoles, 12 stations d’épuration, 7 territoriales, 2 industrielles et 1 unité de traitement de la fraction fermentescible des ordures ménagères. La grosse majorité des installations se situe en Seine-et-Marne. 58 unités sont en injection de biométhane sur les réseaux, 11 sont cogénération (chaleur et électricité) et 2 produisent uniquement de la chaleur. Au total, 1,63 TWh d’énergie primaire est produite, contre 1,45 TWh en 2023, soit une hausse de 13 % en un an.
Comment a évolué le nombre de sites ces dernières années ?
M. A. : Depuis 1940, année de mise en service de la première unité en Île-de-France, on note une augmentation continue du nombre d’installations avec une accélération depuis 2020. Cette récente et forte augmentation est portée par la méthanisation agricole avec injection de biométhane. Pour preuve, en 2024, sept unités ont été mises en service.
Quel est le potentiel de production de biogaz pour les années à venir ?
M. A. : Nous avons réalisé une enquête auprès des exploitants agricoles qui possèdent une unité de méthanisation. Près de 80 % des 34 exploitants qui ont répondu indiquent pouvoir produire davantage de biogaz avec leur installation actuelle. Plusieurs unités ont déjà augmenté leur capacité maximale de production (Cmax) – leur Cmax est passée de 250-300 à 400 Nm³ CH₄/h par exemple – ou ont déposé un dossier ICPE [installations classées pour la protection de l’environnement, ndlr] pour le faire. Ainsi, la majorité des unités fonctionnent aujourd’hui presque à leur capacité nominale, avec une marge de progression réelle, mais des freins ont été identifiés qui brident l’augmentation de la production.
Quels sont ces freins ?
M. A. : On relève notamment des freins réglementaires (nécessité de changer de régime ICPE, longs délais d’enregistrement ou d’enquête publique, contraintes de temps de séjour selon les substrats, seuils de Cmax atteint) et techniques (stockage limité du digestat, absence de trémie ou de capacité d’alimentation supplémentaire, contraintes d’injection selon les mailles du réseau GRDF). La disponibilité et le coût des intrants, ainsi que la dépendance au contexte agricole et au tri des biodéchets ont aussi été cités.
Quels leviers ont été mis en place pour augmenter la capacité de production ?
M. A. : Pour débloquer ces freins, les agriculteurs ont su s’adapter et investir : dépôt de dossier ICPE ou certification de durabilité RED 2 [directive européenne énergies renouvelables, ndlr], obtention de certifications 2BS-STD-01 et 02*, ajout d’équipements (trémies d’alimentation, membranes pour épurer le biogaz, capacités de stockage augmentées), optimisation du mélange d’intrants et meilleure régularité d’alimentation. Nous estimons que la filière dispose d’un potentiel d’augmentation de production de 10 à 15 %, mais sa concrétisation dépend d’une évolution du cadre réglementaire et d’une meilleure sécurisation des intrants.
* Audits développés par l’association 2BS (Biomass Biofuels Sustainability) pour les producteurs de biomasse (2BS-STD-01) et les négociants de biomasse (2BS-STD-02) dans le cadre de la directive européenne sur les énergies renouvelables 3.


