Le tour de la question

France gaz renouvelables, fédérer les pro-méthanisation

Fondée il y a dix-huit mois, France gaz renouvelables entend fédérer les différentes initiatives liées à l’essor des gaz renouvelables. Elle défend, notamment vis à vis des pouvoirs publics, les intérêts de la méthanisation en général et des agriculteurs en particulier.

PAR TIMOTHéE BONGRAIN - JANVIER 2020
©GRDF Gregory Brandel

« Notre vocation est de faire en sorte que la méthanisation soit bien prise en compte », explique Jean Lemaistre, secrétaire général de France gaz renouvelables, association qui regroupe agriculteurs, monde industriel, constructeurs et territoires (cf. encadré) dans le but de promouvoir et lever les freins à l’essor de la méthanisation. Et des freins, il en reste. À commencer par les objectifs que le gouvernement a fixés pour la méthanisation dans la dernière mouture de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Actuellement en consultation publique, cette dernière version définit en effet un objectif pour 2019-2023 de 6 TWh, en retrait par rapport à la précédente PPE.

L’association discute également avec les pouvoirs publics des deux systèmes de soutien actuellement en place pour les projets de méthanisation, à savoir le guichet ouvert au tarif d’achat et le système d’appel d’offres. « Aujourd’hui, le gouvernement envisage une répartition 50-50 entre les deux. Pourtant, il est loin d’être évident pour les agriculteurs d’avoir accès aux procédures complexes d’appels d’offres. Pour se lancer dans un projet de méthanisation, le parcours n’est déjà pas simple, y ajouter la complexité et les aléas liés à ce type de procédure ajoute une barrière à l’entrée, et de l’incertitude », regrette Jean Lemaistre.

Une accélération réelle depuis deux ans

La filière de la méthanisation est encore jeune. Les premiers projets en injection – des projets de cogénération existaient déjà  – datent de 2010 et la filière est « restée pendant plusieurs années relativement confidentielle, avec un nombre restreint de projets », retrace le secrétaire général de France gaz renouvelables. Or depuis deux ans, on observe une accélération, avec une trajectoire d’une centaine de projets par an. « Il y a en effet un développement assez significatif de la filière, avec beaucoup de projets en attente, même si tous ne se feront pas, confirme Jean Lemaistre. Au cours de l’année 2019, un grand nombre de projets s’est concrétisé en demandant un raccordement aux opérateurs de réseau. On est à près de 1000 projets actifs aujourd’hui. »

Durant ces deux mêmes années, « il y a eu une vraie prise de conscience des pouvoirs publics de toutes les externalités positives associées à la méthanisation », poursuit-il. Ses avantages (qualité de l’eau, bénéfices agroécologiques, résilience des exploitations, contribution au traitement des déchets, etc.) « font du biométhane “une solution, avec d’autres, pour le bouquet énergétique de la France” », rappelle Jean Lemaistre, citant Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Le secrétaire général de France gaz renouvelables ajoute que les baisses de coût affichées par la filière « ne sont peut-être pas assez rapides aux yeux du gouvernement », mais sont pourtant réelles. L’objectif est en effet d’atteindre une baisse de 30 % d’ici 2030, « ce qui est déjà significatif », selon lui.

Une énergie ancrée dans les territoires

Jean Lemaistre, secrétaire général de France gaz renouvelables ©DR

« Les EnR électriques sont posées sur les territoires, tandis que le biogaz est ancré dans les territoires », a coutume de résumer Jean Lemaistre. Et d’ajouter, « que la méthanisation fait évoluer le process agricole, c’est un levier vers l’agroécologie. » Chaque méthaniseur représente environ 3 à 5 emplois pérennes et non délocablisables, ajoute-t-il. « Pour la méthanisation, la moitié des coûts représente des coûts d’exploitation/entretien, ce qui n’est pas la cas des autres énergies renouvelables. » Enfin, l’installation d’unité de méthanisation favorise sa résilience et représente un levier économique essentiel pour certains. De même, le digestat, produit par la méthanisation en est l’un des principaux bénéfices. « C’est un engrais renouvelable qui permet d’économiser des engrais chimiques fabriqués à partir de combustibles fossiles », affirme-t-il.

Autant de bonnes raisons de se tourner vers la méthanisation. Et si France gaz renouvelables n’a pas vocation à accompagner directement les agriculteurs désireux d’initier un projet, les interlocuteurs ne manquent plus. « L’ensemble des chambres d’agriculture ont des correspondants sur la méthanisation. Ils peuvent accompagner et informer, tout comme les départements et les régions, et comme de nombreuses associations membres de France gaz renouvelables », assure Jean Lemaistre.

Fondée en 2018, lassociation France gaz renouvelables rassemble lAssociation des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), les chambres dagriculture France, le Club biogaz de l’Association technique énergie environnement (ATEE), la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), la Fédération nationale des syndicats dexploitants agricoles (FNSEA), France biométhane, GRDF et GRTgaz.