Entretien

La filière céréales doit se réinventer

Si les grandes cultures peuvent participer au stockage du CO2 et à la réduction des gaz à effet de serre, la filière attend encore le lancement d’un label bas carbone et d’une méthodologie. Explications avec Suzanne Reynders, responsable Partenariat environnement à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).

PAR ARNAUD WYART - JUILLET 2021
Suzanne Reynders, responsable Partenariat environnement à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). ©Bertrand NICOLAS-INRAE

Quel est le potentiel des cultures céréalières en matière de stockage de carbone ?

Nous avons publié en 2019 l’étude « 4 pour 1 000 » sur le potentiel de stockage dans les sols et les mesures les plus simples à mettre en œuvre. Avec les prairies temporaires, les grandes cultures contribuent ainsi à 26,5 % au stock initial de carbone en France et elles représentent 86 % du potentiel en termes de stockage additionnel. Pour exploiter ce potentiel, il existe des mesures assez coûteuses, notamment l’agroforesterie et la plantation de haies. L’un des principaux leviers réside également dans le déploiement de couverts végétaux permanents, mais la priorité consiste à maintenir à tout prix les prairies permanentes existantes (22 % du stock initial) et à augmenter les quantités de praires temporaires. Cela permettra d’éviter du déstockage de CO2. En outre, l’étude a montré que le non labour ne permettait pas de limiter les émissions de gaz à effet de serre ou de stocker du carbone, sauf s’il est associé à d’autres pratiques. Or des initiatives concurrentes au label bas carbone ont déjà été lancées et des entreprises rémunèrent les agriculteurs faisant simplement du non labour. L’État souhaite réguler le marché et valider les données avec des méthodologies robustes scientifiquement, mais il va devoir tenir compte de ces initiatives.

Où en est l’élaboration du label bas carbone grandes cultures ?

Une méthodologie a été déposée fin 2020 auprès du ministère de la Transition écologique. Plusieurs allers-retours ont été nécessaires avec le ministère et celui de l’Agriculture est intervenu afin de donner son avis. La méthodologie est désormais en cours de validation. Pour cela, l’ensemble de la filière (instituts, associations de producteurs, etc.) s’est organisé et un gros travail de fond a été réalisé. Un comité d’experts très large, notamment de l’INRAE, a également été réuni pour participer à la réflexion. La rédaction du document a quant à elle été confiée à Arvalis Institut du végétal et à InVivo Agrosolutions. Pour élaborer le label, de nombreuses méthodologies ont été étudiées et des scénarios de référence ont été définis. Un système permettant de calculer la quantité de CO2 stocké et les réductions d’émission de gaz à effet de serre liées à certaines pratiques, comme par exemple la diminution des quantités d’engrais utilisées, a lui aussi été explicité.

Quels sont les derniers freins à lever ?

La mise en place de pratiques vertueuses nécessite des investissements. Il faut donc que les agriculteurs puissent en dégager un bénéfice. Si une centaine d’exploitants décide d’installer des couverts végétaux sur l’ensemble de l’année, elle pourra justifier le stockage de telle quantité de carbone et demander le paiement de celui-ci à la tonne grâce aux méthodes et aux modèles retenus pour le label. Toutefois, il va être nécessaire de valider les données transmises par les agriculteurs. Pour cela, un outil informatique est notamment développé par InVivo. À partir de là, des entreprises intermédiaires pourront vérifier la véracité des données et proposer aux agriculteurs de mettre en vente leurs crédits carbone. Le label étant très attendu, des groupes d’agriculteurs seront tout de suite prêts à s’engager. De leur côté, les précurseurs ayant déjà mis en œuvre des pratiques pourront se comparer à un référentiel régional. En revanche, des questions demeurent sur les tarifs proposés par les futurs intermédiaires. Il ne faut pas que la vérification des données coûte plus cher aux agriculteurs que les crédits carbone.

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