Entretien

La filière méthanisation veut assurer un gage de qualité

Francis Claudepierre, agriculteur et président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), nous livre ses conseils pour développer la filière.

PAR AUDE FABRE - DéCEMBRE 2019
Francis Claudepierre. ©AMF

Comment est née votre association  ?

Agriculteur en élevage laitier bio à Migneville, en Meurthe-et-Moselle, j’ai investi dans un méthaniseur en cogénération en 2003. La production était alors de 20 kW électriques, mais elle a vite franchi plusieurs paliers : 40 kW en 2006, 250 en 2010 et 400 en 2017, alimentés à 65 % par du fumier et du lisier de bovins et à 35 % par les résidus issus du tri de grains qu’on achète auprès des organismes stockeurs.
Avec une dizaine d’agriculteurs pionniers dans ce secteur à l’époque, nous avions la volonté de défendre nos intérêts auprès de l’administration et avons donc créé l’association en 2010. Nous souhaitions avoir plus de poids pour voir nos revendications aboutir : reconnaître la méthanisation comme une activité agricole, revoir les tarifs d’achat, adapter la réglementation… Aujourd’hui, nos combats se portent toujours sur les tarifs de rachat qui pourraient baisser pour l’injection, et la refonte du système des garanties d’origine, les contraintes fiscales, la pression des associations environnementales vis-à-vis du digestat notamment…
Nous comptons environ 300 adhérents à l’association dont je suis le président depuis 2017. Il y a environ 700 unités de méthanisation installées sur le territoire.

Que comprend la charte de bonnes pratiques rédigée en 2018 ?

La charte comprend huit engagements pour les agriculteurs-méthaniseurs :

  • Assurer le bon fonctionnement de mon unité de méthanisation et respecter la réglementation.
  • Contribuer au développement durable de mon territoire.
  • Réaliser avec mes partenaires une valorisation vertueuse des matières organiques.
  • Me former et associer mes collaborateurs dans une démarche d’amélioration continue.
  • Garantir la sécurité de mon installation et des personnes y travaillant.
  • Assurer la traçabilité pendant tout le cycle du procédé de méthanisation.
  • Optimiser la valorisation agronomique du digestat, gage de la santé des sols.
  • Partager mon expérience avec mes collègues de l’AAMF et participer aux travaux de recherche et d’innovation.

Le but est de monter en qualité, de prouver les bonnes pratiques de nos installations à nos partenaires apporteurs de biomasse par exemple, et ainsi de favoriser leur acceptabilité sur nos territoires. Ce label de qualité permet également d’être prêt en cas de contrôle.
Nous avons formé des adhérents-correspondants Charte pour qu’ils développent le nombre d’agriculteurs qui s’engagent. Le but est que 100 % des adhérents soient audités d’ici 2021.

Quels sont vos conseils avant de se lancer dans un projet ?

Je recommande de prendre son temps, de visiter plusieurs exploitations afin de nourrir sa réflexion et de répondre à quelques questions essentielles : pourquoi démarrer un projet de méthanisation ? Quelles sont les ressources disponibles sur mon exploitation et autour de chez moi ? Quelle technologie choisir, injection ou cogénération ? Quelle taille de digesteur et quel financement prévoir ? Comment préparer un bon accueil au projet sur mon territoire ? Quel temps ai-je à consacrer à ce nouveau métier et quelle organisation prévoir ?