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La méthanisation, un levier de la transition écologique ?

Le projet Méthalaé, conduit par Solagro, a mesuré l’impact de la méthanisation sur les pratiques agricoles et les résultats socioéconomiques de 46 exploitations.

PAR AUDE FABRE - DéCEMBRE 2019
L’unité de méthanisation Gâtinais Biogaz, qui fait partie des exploitations étudiées dans le projet Méthalaé. ©DR

« En 2012-2013, nous avions constaté que plusieurs agriculteurs engageaient une transition écologique, voire une conversion en bio de leur exploitation, en même temps qu’ils investissaient dans la méthanisation, se rappelle Céline Laboubée, chargée d’études bioénergies à Solagro. Nous avons donc lancé le programme Méthalaé [en collaboration avec cinq partenaires : Trame, Aile, CER France, chambre d’agriculture du Maine-et-Loire, établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole du Périgord, ndlr] de 2014 à 2018 et audité 46 exploitations aux profils différents, pour vérifier si un lien existait entre les deux stratégies. Il s’avère que la méthanisation peut être un outil de transition écologique, même si ce n’est pas systématique. »

Des retombées techniques avantageuses

Concrètement, plusieurs retombées techniques sur l’exploitation ont été enregistrées suite à l’installation d’une unité de méthanisation. 

  • En premier lieu un meilleur bilan de la fertilisation avec l’utilisation du digestat qui «  permet de diminuer de 20 % les achats d’engrais minéraux, note Céline Laboubée. Par ailleurs, des simulations sur l’évolution de la matière organique du sol ont été réalisées avec l’outil Simeos : substituer du fumier par du digestat solide (sans aucun autre changement du système) n’a pas d’impact sur le taux de matière organique du sol. En revanche, des modifications de pratique du système (comme le travail du sol ou les rotations) peuvent faire évoluer le taux. » Concernant l’effet éventuel du digestat sur la biologie du sol, ce point n’a pas été étudié, mais devrait l’être dans un prochain programme (lire encadré).
    Petit point de vigilance néanmoins, « le digestat n’est vertueux que si les pratiques le sont, précise Céline Laboubée. Il faut apprendre à l’utiliser : l’épandre avec des pendillards [système de tuyaux souples permettant de distribuer le lisier, ndlr] ou l’enfouir. »
  • Un développement des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) qui permet de stocker davantage de carbone tout en produisant une énergie renouvelable à la place de combustibles fossiles, ce qui permet de réduire l’empreinte carbone des exploitations.
  • Un bien-être des animaux amélioré, sans pouvoir encore le quantifier : ce sera un des objectifs du deuxième programme (lire encadré). « Moins de maladies et donc moins de frais vétérinaires ont été notés. C’est sûrement dû au raclage des litières plus régulier qui engendre moins de volatilisation de l’azote ammoniacal, voire même une rupture du cycle de la mouche qui stresse les animaux, explique Céline Laboubée, mais ces hypothèses doivent être confirmées. »

Une source de revenus stable

Des conséquences socio-économiques ont également été observées après l’installation d’une unité de méthanisation : grâce à une source de revenu stable, les crises en bovin lait sont globalement mieux supportées par les exploitants. Par ailleurs, ils « retrouvent l’amour de leur métier avec une émulation intellectuelle, du travail en groupe, une plus-value de leur travail, une réflexion sur un système cohérent, et un lien resserré avec leur territoire », constate Céline Laboubée.
Concernant la main-d’œuvre, au moins un temps plein est nécessaire pour gérer une unité de méthanisation, avec souvent à la clé « une création d’emploi en local », précise la chargée d’études qui alerte tout de même sur « une nouvelle organisation de travail à trouver selon la taille de l’unité ». Autre point de vigilance : la transmission de l’exploitation qui peut être facilitée car elle est plus rentable, mais qui peut aussi être « plus compliquée car plus chère à l’achat ».

Ce sujet a été abordé le jeudi 12 décembre sur le salon Energaïa lors de la table ronde « Les gaz renouvelables : comment réussir l’industrialisation ? »

Méthalae, saison 2

Une demande pour un deuxième programme Méthalaé – de janvier 2021 à la fin 2024 – vient d’être déposée auprès du ministère de l’Agriculture. Dans ce programme, le suivi de 30 des 46 exploitations serait perpétué pour confirmer les résultats. S’y ajouteraient 10 nouvelles exploitations sur les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive). Des expertises ciblées seraient aussi réalisées selon la typologie de chaque exploitation sur la santé biologique des sols, le bien-être animal, l’analyse du cycle de vie de l’exploitation, etc.