Entretien

L’agrivoltaïsme ne menace pas la sécurité alimentaire

Pour Christian Dupraz, directeur de recherches à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), « notre indépendance énergétique et alimentaire passe par une intensification écologique de l’usage des terres agricoles. L’agrivoltaïsme est, et de loin, le système le plus efficace. »

PAR AUDE FABRE - FéVRIER 2023
« En équipant moins de 2 % de la surface cultivée française en systèmes agrivoltaïques de nouvelle génération, on peut produire l’équivalent en électricité de tout notre parc électronucléaire actuel, sans aucune baisse de la production agricole. » ©Sun’Agri

L’agrivoltaïsme présente-t-il un risque pour la sécurité alimentaire ?

Non, si les installations agrivoltaïques sont vertueuses, elles ne menacent pas la sécurité alimentaire. Ce qui la menace, ce sont les cultures énergétiques. On mobilise presque un million d’hectares chaque année en France pour produire des aliments que l’on brûle dans les moteurs de nos voitures. On ne devrait pas les appeler des biocarburants. Il s’agit de cultures industrielles fertilisées avec des engrais azotés issus du pétrole et traitées avec tous les outils phytosanitaires disponibles. Avec un hectare produisant du blé éthanol, on peut faire rouler une voiture environ 22 000 kilomètres. Avec un hectare agrivoltaïque, on peut faire rouler une voiture électrique trois millions de kilomètres. Le rapport est de plus de cent ! L’explication est simple : le faible rendement de la photosynthèse et du moteur thermique, et l’excellent rendement des panneaux photovoltaïques et des moteurs électriques. La combinaison de ces rendements donne ce résultat époustouflant.

Par ailleurs, les besoins de la transition énergétique impliquent un recours massif aux énergies renouvelables. Le 10 février 2022, à Belfort, le président de la République a annoncé un relèvement des objectifs, avec l’installation de 100 GW de photovoltaïque pour 2050. C’est un pari difficile : où mettre ces centrales photovoltaïques ? Les toits bien exposés au sud, les parkings et les friches industrielles ne suffiront pas pour ce nouvel objectif très ambitieux mais nécessaire. L’agrivoltaïsme vertueux est une autre stratégie pour produire de l’énergie avec les terres agricoles.

Qu’est-ce que des installations agrivoltaïques « vertueuses » ?

L’agrivoltaïsme combine des panneaux photovoltaïques et des cultures agricoles sur les mêmes parcelles. Les panneaux sont placés en hauteur (de 4 mètres à 5 mètres), ce qui permet de cultiver avec les tracteurs et les outils agricoles classiques. Ces systèmes peuvent maintenir complètement les rendements agricoles, et parfois même améliorer cette production, en la protégeant contre les excès climatiques. Pour arriver à cet agrivoltaïsme « positif » pour les cultures, il faut accepter des installations avec des densités de panneaux réduites (entre 20 et 30 % de taux de recouvrement du sol de la parcelle) par rapport à une centrale photovoltaïque classique (entre 50 et 60 % de taux de recouvrement du sol).

Une autre option est d’avoir des panneaux mobiles qui peuvent s’effacer pour laisser passer la lumière vers les cultures quand celles-ci en ont besoin. On peut alors garantir que le rendement des cultures agricoles sera maintenu sous ces installations. Dans ces conditions, la surface n’est plus un facteur limitant pour l’installation de ces systèmes. On sait construire ces systèmes sans béton, avec des structures démontables qui pourront être enlevées à la fin de vie de la centrale, redonnant ainsi des terres agricoles intactes. En équipant moins de 2 % de la surface cultivée française en systèmes agrivoltaïques de nouvelle génération (500 000 ha sur 26,8 Mha de surface agricole utile), on peut produire l’équivalent en électricité de tout notre parc électronucléaire actuel, sans aucune baisse de la production agricole.

Comment éviter le risque de spéculation foncière afin de garantir la sécurité alimentaire ?

Il faut empêcher toute spéculation sur les terres agricoles en interdisant les loyers excessifs payés aux propriétaires. Il ne faut pas dépasser le loyer agricole. Le soleil appartient à tous, c’est un bien commun. Par ailleurs, on peut développer un agrivoltaïsme citoyen, avec des projets de dimension raisonnable (entre 1 et 5 hectares), bénéficiant à un grand nombre d’agriculteurs sur tout le territoire et dans lequel les consommateurs pourraient participer à l’investissement.

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