Décryptage

L’agrivoltaïsme, un mariage à éprouver

Coupler production agricole et électrique peut paraître séduisant pour les agriculteurs. Il faut néanmoins rester vigilant au cadre technique, économique et juridique des projets.

PAR AUDE FABRE - NOVEMBRE 2019
Serre photovoltaïque ©Reden Solar

Les installations de panneaux au sol en lieu et place de la production agricole sont clairement décriées par la profession qui dénonce une artificialisation des terres. Mais depuis quelques années, on voit fleurir certaines installations qui permettent de concilier une production photovoltaïque secondaire à une production agricole qui reste principale. Cela s’appelle “l’agrivoltaïsme”, un concept qui se développe beaucoup. Preuve en est le nombre de sociétés privées qui se sont lancées sur ce créneau.

Panneaux dynamiques

Outre les serres photovoltaïques, de nouveaux systèmes ont vu le jour tels que les panneaux dynamiques. Installés à 4,5 mètres de hauteur au-dessus de vignes, arbres fruitiers ou productions maraîchères essentiellement, ces panneaux permettent aux engins agricoles de circuler. Ils offrent une production électrique, et donc un revenu complémentaire aux agriculteurs tout en protégeant les cultures des aléas climatiques. En effet, les panneaux peuvent bouger en temps réel selon les besoins des plantes et la course du soleil pour favoriser les zones d’ombrage ou les réduire. À l’horizontale, ils permettent également de gagner 1 à 3 °C la nuit, ce qui, lors des gelées printanières, peut faire la différence et sauver les cultures des affres du gel. « Ces installations doivent tout de même rester sous surveillance pour vérifier l’impact sur la production agricole en termes de quantité et de qualité sur plusieurs années », estiment les syndicats agricoles et l’Apepha. Certaines installations, fixes cette fois, permettent de valoriser des friches en permettant par exemple le pâturage ovin sous les panneaux. Là encore, le suivi de la production fourragère reste essentiel.

Dans l’attente d’un cadre législatif

Du côté des pouvoirs publics comme de la profession agricole, on craint des abus de la part des sociétés photovoltaïques toujours à la recherche de nouvelles surfaces à exploiter, mais aussi l’opportunisme éventuel d’agriculteurs. « Un cadre législatif qui préciserait les conditions techniques et juridiques, et qui assurerait que la production agricole reste prioritaire serait le bienvenu », estime Pascal Chaussec, président de l’Apepha (association des Agriculteurs producteurs d’électricité photovoltaïque associés), qui conseille vivement la vigilance aux agriculteurs qui seraient tentés par les offres des sociétés qui convoitent leurs terres.