Entretien

Lancement d’un fonds de dette dédié à la transition agricole

Spécialisée dans le financement participatif de la transition agricole (alimentaire et énergétique), la fintech Miimosa va lancer Agir Ensemble, un fonds de dette doté de 50 millions d’euros.

PAR ARNAUD WYART - AVRIL 2020
Miimosa crée le premier fonds de dette européen totalement dédié la transition agricole. ©DR

Après avoir accompagné plus de 2 700 projets, Miimosa crée le premier fonds de dette européen totalement dédié la transition agricole. Celui-ci permettra d’accompagner les projets d’envergure, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Rencontre avec Florian Breton, président de Miimosa.

Quels types de souscripteurs visez-vous pour les projets EnR ?
Depuis un an, nous permettons aux entreprises qui souhaitent participer à la transition de leur filière d’approvisionnement (Carrefour, Danone, Herta, Daussy, etc.) et aux acteurs de la finance (fonds, conseillers en gestion du patrimoine, etc.) de participer à ces projets. Concernant les citoyens, nous captons des personnes engagées ou sensibilisées à cette thématique, toujours plus nombreuses. On constate un réel désir de se réapproprier les initiatives. En termes de rentabilité, nous proposons un taux de 4 %, ce qui est aujourd’hui très intéressant. L’autre avantage, c’est que nous pouvons territorialiser les approches et cibler nos campagnes grâce à notre base de données. Sur un projet de méthanisation dans le Grand-Est, par exemple, on sait que le sujet peut être très crispant localement.

Les agriculteurs bénéficient-ils d’un taux intéressant et d’un effet levier ?
En moyenne, ceux-ci empruntent à 3 %, un taux un peu plus élevé que les banques, mais notre offre est sans garantie, caution ou nantissement. À ce titre, nous ne sommes pas une alternative, mais un complément. Généralement, notre part s’élève à environ 30 % du prêt et celle de la banque à 70 %, ce qui entraîne une dégradation très faible du coût du crédit au global. En revanche, ce sont souvent nos 30 % qui permettent d’obtenir le montant restant auprès d’un établissement bancaire.

Pourquoi avez-vous décidé de créer le fonds Agir Ensemble ?
Étant donné que désormais, nous travaillons également avec des personnes morales pour accompagner les projets de plusieurs centaines de milliers d’euros, nous ne maîtrisons plus totalement la chaîne de valeur décisionnaire, en particulier les durées qui s’allongent (pendant l’été, à Noël, etc.). Cela entraîne de l’inertie dans un processus qui doit rester très rapide. En proposant un véhicule de commandes de placement, nous allons pouvoir conserver notre rapidité d’action. Celui-ci viendra compléter et abonder toutes les collectes que nous accepterons.

Comment va fonctionner le système ?
Dès que nous aurons levé ce fonds de dette (une première partie cet été et l’autre d’ici la fin de l’année), il sera possible pour un agriculteur d’exprimer un besoin, par exemple pour un montant de 100 000 euros. Nous mettrons en ligne son projet puis nous laisserons la foule s’exprimer dans la limite d’une semaine ou dix jours si le montant est plus élevé. Si 300 personnes placent chacune 500 euros, il manquera la moitié et nous la solderons avec le fonds de dette. L’argent arrivera ainsi dès le lendemain sur le compte de l’agriculteur.

Vers des projets plus ambitieux

Si à sa création en 2015, les projets concernaient davantage le crowdfunding et un besoin de notoriété des agriculteurs, Miimosa a obtenu depuis plusieurs agréments lui permettant de proposer le crédit et d’accompagner ainsi des projets EnR plus ambitieux, notamment dans le domaine de la méthanisation. Actuellement, la plateforme accueille un collectif d’agriculteurs pyrénéens souhaitant valoriser l’énergie hydraulique de leurs exploitations, ainsi qu’un projet d’éco-serres en Corrèze (4 hectares au total). Un projet photovoltaïque en Indre sera, lui, prochainement ouvert aux contributeurs.