Décryptage

Le chanvre pour produire des gaz verts

Qairos Énergies projette de créer une filière chanvre dans la Sarthe afin de produire de l’énergie verte. Pour les agriculteurs, c’est l’assurance d’un débouché pour cette production aux multiples intérêts agronomiques.

PAR AUDE FABRE - DéCEMBRE 2020
« Qairos va acquérir une machine de récolte, type faucheuse, pour ne pas que les agriculteurs portent cet investissement », explique Jean Foyer, président de l’entreprise. © Qairos Énergies

L’entreprise Qairos Énergies, basée à Mareil-en-Champagne (Sarthe), a entrepris de produire des gaz renouvelables (hydrogène, biométhane, dioxyde de carbone) par pyrogazéification du chanvre (lire encadré). La première phase de ce projet a débuté au printemps 2020. Dès le mois d’avril, 7.hectares (ha) de chanvre ont été semés par trois agriculteurs sarthois. Récoltée en août, la biomasse a rejoint plusieurs usines en Europe pour valider l’étape de la démonstration industrielle. La phase 2 verra une douzaine d’agriculteurs semer au total une soixantaine d’hectares de chanvre au printemps 2021. « Cette production sera stockée pour alimenter l’usine qui sortira de terre sur la métropole du Mans en 2021, et dont la mise en service est prévue début 2022 », précise Jean Foyer, président de Qairos Énergies. En phase 3, qui sera le début du rythme de croisière, une centaine d’agriculteurs, dans un rayon de 35 km autour du Mans, devrait cultiver 1.000 ha de chanvre.

Nouveau débouché pour les agriculteurs

« Nous sommes en train de recréer une filière pour cette production, dont les bénéfices sont nombreux, mais à laquelle il manquait un débouché, relève Jean Foyer. La production d’énergie verte offre aux producteurs un débouché pérenne grâce à un contrat qui fixe le prix pendant cinq ans. » Pour les agriculteurs, cette culture est intéressante à plus d’un titre : sans ravageurs, ni maladies, ni adventices car elle couvre bien le sol, le chanvre ne nécessite aucun traitement phytosanitaire. Sans pesticides, cette culture permet donc d’améliorer la qualité des sols et de l’eau, d’où l’intérêt de la produire dans les zones de captage d’eau potable notamment. Elle permet également d’allonger les rotations, de stocker du carbone et d’offrir à la culture suivante un bon rendement. « Qairos va acquérir une machine de récolte, type faucheuse, pour ne pas que les agriculteurs portent cet investissement, explique le président de l’entreprise. Chaque agriculteur devra ensuite stocker les balles de paille chez lui. Elles alimenteront progressivement l’usine dont le permis de construire vient d’être accordé, mais dont la levée de fonds est encore en cours. »
Cette usine pilote, qui doit accueillir la production des 1 000 ha de chanvre, devrait dans un premier temps injecter dans le réseau GRDF 200 Nm³/h de biométhane (soit la consommation annuelle en énergie de 3 300 logements) puis, selon les usages disponibles, 2 tonnes par jour d’hydrogène. Elle pourrait être duplicable en cinq unités de production dans toute la région Pays de la Loire dès 2025. « À horizon 2035, on peut imaginer que ce déploiement se fasse à l’échelle nationale », projette Jean Foyer.

La pyrogazéification, quésaco ?

Le chanvre est broyé et chauffé à très haute température. La chaleur le transforme en gaz, duquel on peut extraire du dioxyde de carbone liquide (utile pour les industries agro-alimentaires), du biométhane (injecté dans le réseau de gaz) et de l’hydrogène (converti en électricité dans des piles à combustible pour les véhicules par exemple). De la chaleur est également produite et peut rejoindre les réseaux déjà en place pour les industries agro-alimentaires et le résidentiel.