Le tour de la question

Le séchage solaire thermique

Investir dans un séchoir engendre des avantages pour les éleveurs mais implique aussi d’adapter ses pratiques. Comment sécuriser la qualité de son fourrage avec du séchage solaire thermique ? Focus sur la technologie hybride thermovoltaïque, produisant chaleur et électricité.

PAR AUDE FABRE - MARS 2021
Grâce aux panneaux Cogen’Air, la température de l’air dans le bâtiment se réchauffe de 5 à 15 °C. Le fourrage peut donc être récolté encore vert entre 24 et 48 h après la fauche. ©DR

Le séchage thermovoltaïque, c’est quoi ?

Il s’agit de panneaux solaires hybrides thermiques/photovoltaïques, installés sur le toit d’un bâtiment, qui produisent de la chaleur et de l’électricité. L’air chaud qui est sous les panneaux est aspiré par des ventilateurs et insufflé par une turbine à travers des caillebotis (plancher perforé) sous le fourrage qui a été déposé en vrac dans des cellules. Cette ventilation sèche le fourrage, assure une conservation dans de bonnes conditions et garantit sa qualité nutritionnelle. Cette technique de séchage est aussi envisageable pour les céréales et oléo-protéagineux à condition d’adapter la solution (notamment les cellules et le système de caillebotis).

Quel est l’intérêt pour les agriculteurs ?

Grâce aux panneaux Cogen’Air brevetés par la société Base (seul acteur à proposer un apport de chaleur à partir d’un panneau hybride), la température de l’air dans le bâtiment se réchauffe de 5 à 15 °C. Le fourrage peut donc être récolté encore vert entre 24 et 48 h après la fauche. Il est constitué de 40 à 50 % d’humidité et sèche entre deux et sept jours selon les conditions météo. En préservant la qualité du fourrage, l’éleveur y a davantage recours pour nourrir ses animaux. Il peut même les nourrir exclusivement avec ce fourrage, et diminuer ainsi l’achat d’aliments extérieurs. Ce type d’alimentation permet de répondre au cahier des charges de certains labels comme la Haute valeur environnementale, la Spécialité traditionnelle garantie Lait de foin, l’Agriculture biologique ou certaines appellations d’origine protégée. Par ailleurs, la qualité du fourrage est garantie quelles que soient la date et les conditions de la coupe. « Le séchage en grange est une technique bien connue par les éleveurs, précise Marlène Nicolas, responsable marketing chez Base. Nous avons de très nombreuses sollicitations, il y a une réelle demande car cet outil leur permet de gagner en autonomie protéique et de rendre leurs exploitations plus résilientes. »

Que devient l’électricité produite par les panneaux ?

La production d’électricité générée par les panneaux est revendue ou autoconsommée. Par ailleurs, un gain de production de 9,8 % a été observé par rapport aux panneaux classiques grâce à la circulation de l’air sous le panneau qui permet de le refroidir en cas de fortes chaleurs. La vente de l’électricité permettra dans un premier temps d’amortir l’investissement, puis constituera un revenu supplémentaire.

Quel est le coût d’une installation ?

Le bureau d’études Base travaille sur des projets de construction de séchoirs neufs ou sur des dossiers de rénovation de séchoirs existants. Il s’est associé à des constructeurs de bâtiments pour monter les projets de A à Z. En neuf, les projets sont très différents selon le tonnage à sécher avec un impact sur le nombre de cellules, les ventilateurs, la toiture thermovoltaïque. « En fonction du tonnage, le coût de la centrale thermovoltaïque peut aller de 40 à 150 000 € », précise tout de même Marlène Nicolas. En rénovation, les investissements sont également très variés pour optimiser un séchoir : ajout d’un système de régulation, remplacement d’un ou plusieurs ventilateurs, ajout d’une centrale thermovoltaïque pour améliorer l’apport de chaleur ou toutes les solutions combinées. « En investissant dans une centrale thermovoltaïque, la rentabilité du séchoir sera plus vite acquise que pour un séchoir simple, ajoute-t-elle. Et ce grâce notamment à la revente de l’électricité produite qui apporte du chiffre d’affaires à l’exploitant, mais aussi grâce à l’apport thermique qui permettra de sécher plus vite, et donc de limiter le temps de fonctionnement des ventilateurs de séchage et par conséquent de réduire la facture d’électricité. »

Des changements de pratique sont-ils nécessaires lors de l’acquisition d’un séchoir ?

Avec un séchoir, le foin est récolté plus tôt dans la saison. Les coupes doivent être entreposées dans la cellule en couches successives. Il faut disposer d’une autochargeuse et d’une griffe, de nouveaux outils à s’approprier. 

« Une qualité du foin et de la luzerne bien supérieure »

L’objectif de la SCEA des Feuillages dans la Vienne était triple : sécher 200 tonnes/an de foin, réduire les achats de compléments et les pertes de matière. Trois ans après l’installation d’un séchoir thermovoltaïque, Damien Bouchet, éleveur caprin témoigne : « Au printemps et en début d’automne, on parvient à sécher du foin et de la luzerne avec une qualité bien supérieure par rapport au séchage au champ que nous pratiquions auparavant. » Sylvain Coulot, éleveur, ajoute : « C’est une luzerne qui est très appétente pour les chèvres. Nous n’avons quasiment plus de reflux et nous obtenons un taux de protéines de la luzerne de 20 à 22 % selon la date de récolte, ce qui est très satisfaisant. »