Retour d'expérience

Les bons résultats d’une serre chauffée grâce aux déchets

Quatre ans après son inauguration le 20 mai 2015, l’écoserre des Grands Lacs continue à produire 5 000 tonnes de tomates grappe par an grâce à de la chaleur de récupération.

PAR CAROLE RAP - SEPTEMBRE 2019
Serres des Paysans de Rougeline ©Vicente Gunther

Située dans les Landes à Parentis-en-Born, cette serre de 10 hectares est maintenue toute l’année à 22 °C. Son secret ? De l’eau chaude basse température (autour de 60 °C), produite par l’unité de valorisation énergétique (UVE) de Pontenx-les-Forges, qui traite chaque année jusqu’à 42 000 tonnes de déchets par incinération. C’est le fruit d’une « rencontre entre trois volontés complémentaires » raconte Pierre de Montlivault, directeur général de Dalkia Wastenergy. Les Paysans de Rougeline, une SAS représentant 230 exploitations agricoles, souhaitaient un nouveau site alimenté par une énergie moins chère et durable. Dalkia Wastenergy (ex-TIRU), filiale de Dalkia (groupe EDF), constructeur et exploitant de l’UVE depuis 1997, voulait en augmenter la performance énergétique. Celle-ci, basée à l’époque sur la seule production d’électricité, plafonnait à 33 %. Enfin, le Sivom du Born, syndicat mixte dédié à la collecte et au traitement des déchets, propriétaire de l’UVE, était intéressé par de la création d’activité en lien avec l’économie circulaire.

Résultats probants

Suite à l’ajout d’un système de production de chaleur, « le rendement, c’est-à-dire la quantité d’énergie valorisée par rapport à l’énergie contenue dans le déchet, est passé de 33 % à 85 % », se réjouit Pierre de Montlivault. Au total, au moins 40 GWh de chaleur sont produits chaque année, ainsi que 15 GWh d’électricité. Pour les Paysans de Rougeline, qui ont investi 13 millions d’euros dans la construction de l’écoserre, les bénéfices sont environnementaux et économiques. Généralement, l’énergie pèse 30 % du prix de revient d’une tomate cultivée sous serre. Le recours à la chaleur vertueuse a permis de réduire ce taux. « Nous leur vendons la chaleur à un prix stable dans le temps et, surtout, nettement moins élevé que si elle était générée par une énergie fossile classique. Cela s’explique par le fait que l’installation existait déjà. Dalkia Wastenergy a rajouté le système de récupération de chaleur et les tuyaux jusqu’à la serre », explique le directeur général. Un investissement de 2,2 millions d’euros pour la filiale d’EDF. « La modernisation de l’usine a eu un autre intérêt économique pour nous. Cela nous a donné le droit de prolonger le contrat de vente d’électricité sous obligation d’achat, à savoir le maintien d’un tarif d’achat garanti pendant quinze ans. »

Pour le Sivom, les gains portent sur la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes). « Cela représente une économie annuelle de 50 000 € grâce au bonus applicable aux unités de valorisation énergétique les plus performantes. Avec l’augmentation de la TGAP telle qu’elle est prévue dans le futur, le Sivom économisera 10.€ par tonne de déchets grâce aux travaux réalisés dans l’UVE », estime Pierre de Montlivault. 

Défis à surmonter

  • Rythme irrégulier de consommation de chaleur de la serre, alors que des déchets arrivent tous les jours à l’usine. « Nous avons mis en place un hydrocondenseur, ainsi qu’un gros ballon d’eau chaude permettant de stocker l’énergie thermique, afin de gérer les variations de consommation ainsi que de température extérieure et jour/nuit », explique Pierre de Montlivault.
  • Faire avancer tout le monde en même temps dans une démarche de projet. « On n’est pas du même monde : monde agricole, monde des déchets, on a dû apprendre à travailler ensemble. »

Focus sur l’exploitation
  • UVE de Pontenx-les-Forges
  • Opérateur : Dalkia Wastenergy
  • Propriétaire : Sivom du Born
  • Rendement énergétique : passé de 33 % à 85 % grâce à la production de chaleur
  • Production annuelle : 15 GWh d’électricité (sous obligation d’achat) + 40 GWh de chaleur (vendue aux Paysans de Rougeline pour chauffer l’écoserre des grands lacs).